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L'Etat d'urgence depuis 1955 / France Inter
En 2005, lorsqu'il ressuscitait une loi de la IVe sur l'état d'urgence, le Premier ministre Dominique de Villepin se gardait bien d'utiliser le mot trop tôt. II parlait d'un couvre-feu de courte ...
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Rigouste, Mathieu, L'ennemi intérieur : La généalogie coloniale et militaire de l'ordre sécuritaire dans la France métropolitaine, Paris, La Découverte, 2011.
L’ouvrage de Mathieu Rigouste montre qu’il existe une continuité entre « doctrine de la guerre révolutionnaire » (DGR) mise en œuvre en Algérie entre 1954 et 1960 (documentaire de Marie-Monique Robin) et politiques « sécuritaires » contemporaines. Cette généalogie coloniale de l’ordre sécuritaire capitaliste français depuis 1954 permet de comprendre :
- La criminalisation des mouvements politiques et sociaux depuis cette époque, du FLN jusqu’aux « anarcho-autonomes », avec indistinction entre « terroristes-activistes » et « population » (« colonisés » puis habitants des « quartiers », militants anticapitalistes) ;
- La militarisation de leur répression ;
- Une conception « contre-insurrectionnelle » néo-coloniale des « terroristes islamistes » (nouveau FLN) et des « banlieues » associées dans l’idéologie sécuritaire (nouvelle Casbah) ;
- Une conception également « contre-insurrectionnelle » des mouvements politiques et sociaux, de Mai 68 (où l’on envisageait une intervention militaire dans Paris contre « la chienlit gauchiste ») jusqu’à aujourd’hui (NDDL, Dimanche 29/11/15, etc.).
L’article de Sylvie Thénault « L'état d'urgence (1955-2005). De l'Algérie coloniale à la France contemporaine : destin d'une loi » (Le Mouvement Social 2007/1, n°218, pp. 63-78) nous permet de saisir l’état d’urgence comme une loi (néo)coloniale (néo)raciste islamophobe (1955, 1985, 2005, 2015) et/ou comme une loi de « répression politique » (1955, 1958, 1961-1963, 1985, 2005, 2015).
Ces deux ouvrages/articles nous permettent d’affirmer que l’état d’urgence est non seulement un désastre géopolitique (« piège Daech) et une loi liberticide, mais également une loi néocoloniale et de répression politique.

