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Pensée radicale

Pensée radicale

Une pensée radicale est une pensée allant jusqu'aux racines des problèmes afin de résoudre ceux-ci


LE GÉNOCIDE RWANDAIS - 20 ANS APRÈS

Publié par A. Campagne sur 27 Avril 2014, 10:24am

Catégories : #Histoire, #Politique-Géopolitique

LE GÉNOCIDE RWANDAIS - 20 ANS APRÈS

Commentaire de republication : La critique de l'impérialisme doit également s'accompagner d'une critique du nationalisme (hutu, en l’occurrence), du capitalisme (une crise économique de grande ampleur ayant créé un contexte favorable au génocide) et de l'étatisme (l’État rwandais ayant orchestré ce génocide), également responsables du génocide rwandais et de ses suites.

(Article d'origine, non-modifié)

Les origines du génocide rwandais

Le génocide rwandais a ses racines dans l'imposition du système colonial européen (allemand puis belge) au Rwanda. Le système colonial, imprégné de conceptions racistes, cherchant à s'appuyer sur une partie des populations pour asseoir sa domination et à simplifier administrativement l'incroyable complexité des lignages familiaux, va engendrer deux "races" à partir de distinctions de type féodale (en apparence) : une "hutue" (considérée comme inférieure physiquement et intellectuellement : l'ensemble des non-nobles) et une "tutsie" (considérée comme une race "supérieure" : l'ensemble des nobles). En réalité, tous ceux qui dominent économiquement (qui ont des propriétés de plus de 10 hectares ou qui ont des revenus relativement importants) deviennent des "tutsis", et tous ceux qui sont dominés deviennent des "hutus". Le pouvoir colonial belge s'appuie sur ce groupe dominant pour régner (via une monarchie fantoche) et institutionnalise ce racisme (chaque individu étant pourvu d'un passeport hutu ou tutsi, ce dernier étant évidemment plus avantageux). Les années 1950 (surtout à partir de 1959) voient l'émergence d'un nationalisme tutsi et, pour contrer cette menace, l'empire belge favorise l'émergence du "hutu power" (Manifeste des Bahutus, 1959), c'est-à-dire d'une fierté raciale hutue, seuls véritables "rwandais" par opposition aux tutsis, "bâtards" venus d'ailleurs (d'Egypte ou du Moyen-Orient) pour coloniser cette région. La monarchie "tutsie" est ainsi renversée au profit d'une république "hutue", indépendante à partir de 1962 mais toujours soumise aux intérêts belges. Le régime quasi-dictatorial de Grégoire Kayibanda puis de Juvénal Habyarimana (régime à parti unique), soutenu par l'impérialisme belge et français (qui signe avec lui un Accord particulier d'assistance militaire en 1975, base légale de l'intervention croissante de l'impérialisme militaire français au sein des affaires rwandaises), se renforce alors périodiquement par des massacres de tutsis (et un écrasement des armées d'exilés tutsis venues de l'extérieur) destinés officiellement à "maintenir l'unité du pays" et à répondre aux massacres de hutus en Ouganda.

L'économie du pays, essentiellement agricole et pastorale, n'est pas aidée par de tels régimes, mais parvient plus ou moins à assurer l'essentiel des besoins primaires des Rwandais. L'endettement croissant du Rwanda, legs du régime colonial belge (qui y a laissé une dette conséquente) et résultat des dépenses militaires croissantes du régime rwandais (et des intérêts exorbitants exigés par ses créanciers), entraîne une incursion croissante du FMI au sein des affaires économiques du pays. Celle-ci déstabilise son économie par "l'imposition d'un programme de réformes macroéconomiques" (Michel Chossudovsky, La mondialisation de la pauvreté) aux conséquences désastreuses, alors même déjà que "l'effondrement des cours du café - qui fournit à ce pays plus de 80 % de ses recettes d'exportation " (M. Chossudovsky), orchestrée par quelques négociants américains sans scrupule, a considérablement appauvri de nombreux agriculteurs rwandais, dépendants d'un marché mondial défavorable aux productions agricoles et victimes d'une division internationale du processus de production à l'avantage des pays capitalistes avancés.

La destruction de l'économie nationale (dévaluation forcée, austérité budgétaire ...) conduit évidemment à de graves troubles sociaux, qu'Habyarimana cherche à détourner contre l'opposition armée tutsie, entrée au Rwanda en 1990 de l'Ouganda voisin et commandée par Paul Kagamé. Habyarimana préfère sacrifier l'économie rwandaise plutôt que de renoncer aux prêts des investisseurs étrangers et décide d'utiliser ces prêts pour faire face à l'invasion du FPR (Front Patriotique Rwandais), pratique qui ne choque nullement ses créanciers internationaux. Les revers militaires du régime l'entraîne progressivement vers une "solution finale", celle du génocide des Tutsis (mais aussi du massacre de l'opposition hutue au gouvernement et à cette "solution finale"), préparé depuis 1990 aux sues et aux vues des services de renseignement français. La situation militaire se dégradant, l'impérialisme français accroît sa participation au conflit, fournissant armes, formation (y compris des futurs miliciens génocidaires) et même soutien logistique aux FAR (Forces Armées Rwandaises), armée gouvernementale, qui passent peu ou prou sous contrôle français.

L'impérialisme français, qui soutient un régime préparant un génocide, n'est pas seul dans cette affaire, puisqu'en Ouganda, c'est l'impérialisme américain qui forme, entraîne et finance l'armée de Paul Kagamé : "En 1990, Washington chercha à se créer une sphère d'influence dans une région traditionnellement dominée par la France et la Belgique. Les États-Unis avaient pour dessein d'écarter la France en soutenant le FPR et en fournissant armes et matériel à son bras militaire, l'Armée patriotique rwandaise (APR) [...] La guerre civile au Rwanda fut une lutte de pouvoir entre le gouvernement hutu d'Habyarimana, soutenu par la France, et le FPR tutsi, appuyé financièrement et militairement par Washington [...] Il y avait en quelque sorte une guerre latente, non déclarée, entre la France et les États-Unis [...] Le major général Paul Kagamé a été l'instrument de Washington. Les pertes de vies africaines ne comptaient pas. La guerre civile au Rwanda et les massacres ethniques cadraient avec la politique étrangère américaine, soigneusement conçue en fonction d'objectifs stratégiques et économiques [...] L'objectif de Washington était d'écarter la France, de discréditer le gouvernement français (qui avait soutenu le régime d'Habyarimana) et d'établir un protectorat anglo-américain sous la présidence du major général Paul Kagamé. En connaissance de cause, Washington n'est pas intervenu pour empêcher les massacres ethniques [...] Le génocide du Rwanda a, du point de vue de Washington, atteint ses objectifs stratégiques et géopolitiques" (Michel Chossudovsky).

Le génocide

Le déclenchement du génocide symbolise d'ailleurs parfaitement cette responsabilité partagée des impérialismes français et américains : l'assassinat du président Habyarimana, abattu dans son avion présidentiel par un tir de roquettes, fut très probablement orchestré par Paul Kagamé, avec l'aval des Américains. Ainsi, affirme Paul Mugabe (qui n'a rien à voir avec son homonyme zimbabwéen), ancien membre du haut commandement du FPR de Paul Kagamé : "La décision de Paul Kagamé d'abattre l'avion du président Habyarimana a servi de catalyseur à un drame sans précédent dans l'histoire du Rwanda, et c'est en tout connaissance de cause que (...) Paul Kagamé a pris cette décision." Paul Kagamé aurait ainsi empêché - de concert avec Washington d'un côté et Paris d'un autre côté (pour des raisons différentes, on l'aura compris) - l'intervention militaire de l'ONU au Rwanda pour pouvoir prendre Kigali (capitale du Rwanda) en sauveur du peuple rwandais et légitimer ainsi aux yeux du monde entier l'installation de son régime pro-américain. N'oublions pas, d'ailleurs, qu'une bonne partie de l'armée du FPR était composée de soldats ougandais, était financée par l'Ouganda et était appuyée militairement par l'Ouganda. L'invasion du Rwanda se transformait ainsi en épopée héroïque pour mettre fin au génocide.

Le génocide se déclenche au cours des heures qui suivirent l'assassinat. Le nouveau gouvernement (représentant d'un "hutu power" encore plus extrémiste que celui d'Habyarimana), reconnu très rapidement par l’Élysée, se détourna du combat anti-FPR pour, en désespoir de cause, réaliser son projet génocidaire. En trois mois, 800 000 Rwandais (dont une minorité de Hutus, opposés au gouvernement et/ou au génocide) furent massacrés dans des conditions atroces (viols, chasse à l'homme, torture ...), sous l'oeil indifférent des militaires français de l'Opération Turquoise (complices passifs - voire actifs selon certains - du génocide) et impuissant des soldats de l'ONU (l'ONU n'interviendra pas suite aux pressions impérialistes américaines - surtout - et françaises).

L'après-génocide

Le FPR triomphe finalement grâce aux armes et à l'argent de l'impérialisme américain, mettant fin au génocide des Tutsis (après l'avoir provoqué et sans avoir fait grand chose pour l'empêcher avant sa prise du pouvoir). Les massacres des Hutus (au Rwanda ou au Zaïre où beaucoup d'entre eux se sont réfugiés par crainte de représailles) eux, par contre, vont connaître une augmentation spectaculaire, sous l'oeil complice du nouveau pouvoir. Il n'y a pas de "double génocide", mais des dizaines de milliers de Hutus seront massacrés au cours des mois et des années qui suivent l'arrivée au pouvoir du FPR.

Le FPR, l'impérialisme américain comme l'impérialisme français nieront évidemment toute responsabilité à propos du génocide rwandais. La France se retire, honteuse, mais Washington ne fait guère de même, et décide cette fois-ci de s'attaquer au régime de Mobutu, soutenu principalement par Paris et Bruxelles. Washington, par l'entreprise de Laurent-Désiré Kabila, chef des forces rebelles congolaises (financées, entraînées et armées par l'administration américaine, Kigali et l'Ouganda), chasse Mobutu en 1997, faisant main basse sur l'ensemble des richesses minières du Congo (cobalt, uranium, diamant ...). L'administration américaine soutient également, à cette époque, de nombreuses rebellions en Afrique, comme celle du Sud-Soudan (et, en Europe, l'armée croate et kosovare).

Documentation

Ouvrages :

Mehdi Ba, Rwanda, 1994 : un génocide français, L'Esprit frappeur, Paris, 1997.

Gérard Prunier, Rwanda : le génocide, Dagorno, Paris, 1999.

Patrick de Saint-Exupéry, L'inavouable, la France au Rwanda, Les Arènes (2004).

Jean-Paul Gouteux, Un génocide sans importance, tahin party, 2007.

Pierre Péan, Carnages, Fayard.

Le chapitre consacré par Michel Chossudvosky au génocide rwandais dans Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial, écosociété, 2003.

Le chapitre consacré au génocide rwandais dans l'Histoire secrète de la 5ème République.

L'ensemble des articles et ouvrages consacrés à cette question par François-Xavier Verschave et l'association Survie.

Bibliographie complète

Documentaires :

Le génocide rwandais

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