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Pensée radicale

Pensée radicale

Une pensée radicale est une pensée allant jusqu'aux racines des problèmes afin de résoudre ceux-ci


LE "BIG-BANG" DU CAPITALISME - ROBERT KURZ

Publié par C. Paris sur 12 Juillet 2013, 20:31pm

Catégories : #Économie, #Histoire

Nous publions une traduction-maison d’une traduction en anglais (une traduction-maison d’une traduction, donc) d’un texte de Robert Kurz (originellement en allemand), intitulé (en anglais) « The Big Bang of Modernity ». Notre traduction étant celle d’un amateur, toutefois connaisseur des théories de Robert Kurz et de l’anglais, nous nous excusons par avance de sa médiocrité littéraire (même si elle n’empêche pas, a priori, de comprendre ce texte et sa thèse). Pour pallier en partie à ce défaut, nous avons gardé une version en anglais du texte (située à chaque fois en haut du texte traduit par nos soins en français), traduction d’une meilleure qualité que celle proposée ci-dessous. (Une autre version est également disponible ici, avec une nouvelle introduction)

Ce texte de Robert Kurz, que nous avons intitulé « Le « Big-Bang » du capitalisme », dans l’esprit du théoricien allemand, est sans aucun doute un des meilleurs textes de Robert Kurz, qui s’attaque ici aux origines du capitalisme avec une originalité, une puissance théorique et une argumentation historique remarquable, avec un objectif explicite : réécrire l’histoire du capitalisme de façon argumentée, à l’appui de recherches historiques récentes et dans un sens critique et radical. Il démontre ainsi que suite à une véritable « révolution militaire », c’est-à-dire avec l’invention des armes à feu et à longue portée, s’engage une course aux armements entre puissances qui, conduisant à l’énorme croissance des dépenses militaires (et donc des compagnies de mercenaires salariés et des impôts pour financer celles-ci), entraîne par suite un développement spectaculaire et tragique du travail-marchandise, qu’il caractérise avec raison comme ce qui va faire naître l’actuel système social dominant (qui repose après tout sur ce travail-marchandise). Nous sommes d’accord pour l’essentiel avec sa thèse, même s’il semble méconnaître l’infamie du Moyen-âge seigneurial marchand qui n’avait rien d’idyllique ; même s’il semble faire l’impasse sur certaines caractéristiques de l’économie seigneuriale marchande (l’existence de l’argent, du travail marchandise et de l’impôt monétaire, même à très faible envergure) qui rendaient possible (mais non nécessaire) l’envol du capitalisme ; et même si son développement pourra paraître somme toute un peu sommaire (dans ce cas, se reporter à son phénoménal Schwarzbuch Kapitalismus). En définitive, un texte exemplaire de Robert Kurz, qui fait pâlir Immanuel Wallerstein (The Modern World-System), Ellen Meiksins Wood (L’origine du capitalisme) et autres théoriciens de l’origine du capitalisme comme Alain Bihr (La préhistoire du capital) ou Werner Sombart (Guerre et Capitalisme) qui, bien qu’ayant une compréhension bien inférieure à Robert Kurz du capitalisme (l’absence de référence au développement du travail marchandise conduit leurs travaux à des impasses théoriques regrettables), restent néanmoins à recommander.

Bonne lecture à tous.

Robert Kurz

Le « Big-Bang » du capitalisme

Capitalisme & Guerre : Une genèse historique du travail abstrait

The Enlightenment myth that the modern commodity-producing system sprang forth from a “Civilizing Process” (Norbert Elias) as the product of peaceful trade and development, bourgeois industry, scientific curiosity, inventions that raised the standard of living, and daring discoveries in opposition to the brutal culture of the so-called Middle Ages has proven tenacious. As the bearer of all these beautiful things is named the modern “autonomous subject,” which supposedly freed itself from feudal-agrarian bonds in favor of the “freedom of the individual.” What a shame then that the form of production that arose from this mass of pure virtues and progress is characterized by mass poverty, global pauperization, world wars, crises and destruction.

Le mythe des Lumières, qui explique que notre système de production marchand s’est développé à partir d’un « processus de civilisation » (Norbert Elias), résultat d’un développement commercial pacifique, de l’industrie bourgeoise et de découvertes scientifiques, inventions qui ont augmenté notre niveau de vie, à rebours d’une culture brutale propre au soi-disant « Moyen-Âge » s’est révélé tenace. Le responsable de toutes ces belles choses est appelé “sujet autonome”, celui-ci s’étant supposément émancipé des rapports féodaux et agraires pour « libérer l’individu ». Quel dommage alors que cette forme de production qui naît de tous ces vertueux progrès est caractérisée par une pauvreté de masse, une paupérisation globale, des guerres mondiales, des crises et de destructions.

The truly destructive and murderous results of modernization point to a different origin than that of the official ideological fairytale. Since Max Weber pointed out the ideological connection between Protestantism and capitalism the history of modernity's origins has only been crudely, and in no way critically, classified.

Les vraies conséquences destructrices et meurtrières de cette modernisation amènent à penser à une autre origine du capitalisme que celle issue du conte de fée officiel. Depuis que Max Weber a montré quelles connexions existaient entre protestantisme et capitalisme l’histoire des origines du monde moderne a été classée.

With a certain degree of “bourgeois shrewdness” the motives and developments that brought forth the modern world have been largely obscured, so that the rosy dawn of bourgeois freedom and the unleashing of the system of commodity production shine in false immaculateness.

Avec une certaine dose d’ingéniosité bourgeoise, ce qui a conduit au monde moderne a été largement caché, pour que l’avènement heureux des libertés bourgeoises et du système de production marchande resplendisse d’une fausse lumière.

There is an opposing approach to the official historical narrative, however, one that reveals that the origins of capitalism in the early Modern period were in no way due to the peaceful expansion of markets, but rather were essentially military-economic in nature. It is true that from as early as antiquity there were money and commodity relations, trade routes and markets of greater or lesser scale, but all without the possibility that a totalitarian monetary/market system like the modern one would ever arise. These were always, as Marx had recognized, economic “niches,” positioned on the edge of agrarian economies. The idea that the origins of a system, in which money as an “automatic subject” (Marx) is fed back to itself, is not to be found in the Protestant revolution alone, but also in the innovation of firearms in early-modern militaries, appears even in Max Weber's research.

Il existe toutefois une autre approche que celle du récit historique officiel, qui révèle que l’avènement du capitalisme aux débuts de l’époque moderne n’est pas dû au développement pacifique des marchés mais étaient bien plutôt d’essence militaire. Il est vrai que dès l’antiquité il y avait de l’argent et des marchandises, des routes de commerce et des marchés plus ou moins grands, mais sans qu’il soit possible à un système marchand/monétaire totalitaire comme celui de l’époque moderne de naître. Ceux-ci étaient toujours, comme Marx l’avait compris, des “niches” économiques, positionnées en marge des économies agraires. L’idée que l’origine du système n’est pas seulement à trouver dans l’essor du protestantisme mais également dans l’innovation des armes à feu des débuts de l’époque moderne apparaît même chez Max Weber.

But Weber, as a notorious ideologue of the old German imperialism, obviously had no interest in pursuing and systematizing these thoughts. The social and economic historian Werner Sombart had already explicitly drawn attention to the military-economic roots of modernity in his work “War and Capitalism” in 1913. But he, too, pursued this avenue no further, as a short time later he joined the ranks of the leading warmongers and was eventually led by his anti-semitism to join the Nazis. More than half a century passed before the connection between capitalist genesis and the “political economy of firearms” was taken up again, by the economist Karl Georg Zinn (“Canons and Plague,” 1989) in Germany and the modern historian Geoffrey Parker (“The Military Revolution,” 1990) in the anglophonic world. Although these studies contain damning evidence, they are not free of apologetic elements. The rosy view of modernization passed down from the Englightenment has been allowed to continue clouding our vision.

Mais Weber, idéologue notoire du vieil impérialisme allemand, n’avait manifestement aucun intérêt à approfondir et systématiser de telles intuitions. L’historien, sociologue et économiste Werner Sombart avait déjà fait spécifiquement attention aux origines militaires du monde moderne dans son ouvrage « Guerre et Capitalisme » de 1913. Mais lui aussi n’est pas allé plus loin, devenant bientôt militariste puis finalement, poussé par son antisémitisme, nazi. Plus d’un demi-siècle passa avant que ce lien entre genèse du capitalisme et « économie politique des armes à feu » refit surface, avec « Canons et Peste » (1989) de l’économiste Karl Georg Zinn en Allemagne et « La révolution militaire » (1990) de l’historien Geoffrey Parker dans l’aire anglo-saxonne. Bien que ces études contiennent d’importantes pièces à conviction, ils restent en partie bienveillants à l’égard du capitalisme et de ses origines. La vision féérique du processus de modernisation provenant des Lumières fut autorisée implicitement à continuer de nous rendre aveugle.

The Failings of Historical Materialism

Les ratés du matérialisme historique

One might think that the radical social critic of the Marxist milieu would be destined to pick up the matter where bourgeois theory left off and develop it further. It was Marx, after all, who analyzed not only the destructive functional logic of the “automatic subject” and the encompassed social form of “abstract labor” which is detached from needs, but also portrayed the anything but civilized history of capitalism in unvarnished terms, such as in the chapter on “so-called primitive accumulation.” It must be admitted that even in this depiction the military-economic origin of the logic of capital remains underemphasized. Marxism following Marx's death also failed to take up this point again: the history of the pre-industrial development of the system of commodity production was troubling because, in terms of Marxist doctrine, it was peculiarly ambiguous.

On pourrait penser qu’une critique sociale radicale issue du milieu marxiste serait destinée à reprendre cette question où l’avait laissée ces penseurs bourgeois et à l’approfondir. C’était Marx, après tout, qui avait analysé non seulement cette logique fonctionnelle destructrice qu’est celle du « sujet automate » et saisi cette forme sociale appelée « travail abstrait » détachée des besoins, mais également décrit sans complaisance l’histoire du capitalisme – qui fut tout sauf civilisée –, par exemple dans son chapitre consacré à l’accumulation primitive. Il doit toutefois être admis qu’au sein même de cette description, l’origine militaire de l’accumulation capitaliste et sa logique demeurait sous-estimée. Le marxisme suite au décès de Marx a également échoué à reprendre cette question là où il l’avait laissée : l’histoire du développement préindustriel du système de production marchand était troublante parce que, en termes de doctrine marxiste, celle-ci était particulièrement ambiguë.

There is, in fact, a reason in the theory of Marx why this connection, which was so uncomfortable for bourgeois apologists, had to be suppressed even by Marxists themselves. A central component of historical materialism is the depiction of history as a series of “necessary” stages of development in which capitalism also has a place and to which is even ascribed a “civilizing mission” (Marx). A fully anti-civilizing foundational history in which capital-in Marx's words-is born “with blood and dirt coming out of every pore” poorly suits this construction, which has been passed on to us by Enlightenment philosophy and Hegel, and has only been applied materialistically and renewed through socialism.

Il y a, en fait, une raison à l’intérieur des théories de Marx qui explique pourquoi ce lien, si inconfortable pour nombre d’apologistes bourgeois, devait être supprimée par ceux qui proclamaient être ses héritiers. Une conception centrale du matérialisme historique veut en effet que l’histoire soit une succession d’étapes « nécessaires » de développement au sein duquel chaque mode de production (y compris capitaliste) à sa place et a une « mission civilisatrice » (Marx). Une histoire de l’avènement du capitalisme dépeignant celui-ci comme un nouveau-né barbare (Marx explique que celui-ci naît « avec du sang et de la boue sortant de chaque pore ») étant incompatible avec une telle théorie, ce qui nous a été légué par Hegel et ses prédécesseurs des Lumières fut simplement appliquée selon une logique plus matérialiste et renouvelée de façon « socialiste ».

If the logic of exploitation and abstract labor were not born “from the womb” of the pre-modern agrarian society through the development of increased productive power, but was instead a sheer “development of destructive power,” one which imposed itself upon and smothered the natural economy from outside as a foreign principle instead of developing it beyond its narrow bounds, this would seriously contradict the premise of historical materialism.

Si cette logique d’exploitation et de travail abstrait propre au capitalisme n’était pas née du développement des forces productives des sociétés agraires modernes, mais plutôt par un développement spectaculaire des forces de destruction, s’imposant de l’extérieur à l’économie naturelle au lieu de se développer en son for intérieur, cela contredirait sérieusement cette conception du matérialisme historique.

In order to preserve the metatheoretical, historical and philosophical paradigm, the Marxists also left out the early developmental history of capitalism or classified it counterfactually. Clearly the chief motivation was the fear of abetting reactionary thinking, but this is a false alternative, one that arises constantly out of the contradictions of bourgeois ideology. An Enlightenment-era mythology of progress on one hand, reactionary cultural pessimism and agrarian romanticism on the other are merely two sides of the same coin. A longing for a positive ontology forms the basis of both mindsets.

Pour préserver ce paradigme métathéorique, historique et philosophique, ses défenseurs marxistes durent « oublier » l’histoire de l’avènement du capitalisme ou décrire faussement celui-ci. La motivation principale fut clairement de ne pas apparaître comme « réactionnaires », mais c’était une mauvaise idée, une de celles qui émerge fréquemment de l’idéologie bourgeoise. La mythologie du progrès issue des Lumières, d’une part et sa contestation par certains réactionnaires - pessimistes culturels et romantiques agrairiens - d’autre part étaient en fait deux faces d’une même pièce. (…)

If the negative impulse prevails to “overthrow all relations in which man is a debased being,” however, no ontological construct is necessary. One could conclude from this that the essentials of historical materialism apply only to one social form, namely the capitalist one. Aside from that, the question arises exactly how the capitalist system of production evolved from the “political economy of firearms.”

(…) Les théories du matérialisme historique, en conclusion, ne doivent s’appliquer qu’à une seule forme sociale (capitaliste). La question reste toutefois entière sur l’origine militaire du capitalisme.

Unchivalrous Weapons

Des armes “non-conventionnelles”

At some point in the 14th century, somewhere in southwestern Germany, there must have been a powerful explosion; a carelessly-assembled mix of saltpeter, sulphur and other chemicals blew up. The inquisitive monk who carried out this experiment was named Berthold Schwarz. More precise information about him is unavailable, but that explosion was likely the big bang of modernity. It should be noted that the Chinese had been familiar with gunpowder far longer and also utilized it not only for splendid fireworks but also occasionally in war. But they didn't think of using it to launch projectiles over distances, an application that had far-reaching effects, in the truest sense of the word. This application was reserved for the pious Christians of Europe. The earliest recorded use of a cannon dates from 1334, when Bishop Nicholas I of Constance defended the city of Meersburg with one.

À un certain moment du 14ème siècle, quelque part en Allemagne du Sud, il y a dû avoir une puissante explosion ; un mixte de salpêtre, de souffre et d’autres composants chimiques explosa. L’audacieux moine qui avait fait cette expérience s’appelait Berthold Schwarz. Nous n’avons pas plus d’informations à son sujet, mais cette explosion peut être qualifiée de « big bang du capitalisme ». Il doit être noté également qu’en Chine on connaissait déjà depuis longtemps ces explosifs, et qu’on avait utilisé ceux-ci pour de splendides feux d’artifices mais également en cas de guerre. Les Chinois n’avaient toutefois pas pensé à utiliser ces explosifs comme armes de longue portée (…). Cette utilisation fut réservée pour notre pieuse Europe chrétienne. La plus ancienne utilisation d’un canon date de 1334, quand Nicolas I de Constance défendit sa cité de Meersburg avec l’un d’entre eux.

With that the “firearm” was born, to present day the most common murder weapon. This fundamental innovation of modernity brought about first a “military revolution” (Parker), which marked the historical rise of the west. In the Middle Ages the consequences of effective distance weapons for the traditional social order had already been recognized. Ideological fears of this sort were realized around the year 1000, when the newfangled crossbow was imported from the orient. The second Lateran Council forbade the use of this instrument of war in 1129 as an “unchivalrous weapon.” It was not for nothing that the crossbow became the primary weapon of thieves, outlaws and rebels.

L’arme à feu était née, arme jusqu’à présent sans rivale quant à sa puissance de destruction. Cette innovation fondamentale de l’époque modern amena tout d’abord une “révolution militaire » (Parker) qui marqua l’ascension historique de l’Occident. Les conséquences de ces armes de longue portée étaient déjà connues au Moyen Âge. Des craintes idéologiques surgirent lorsqu’aux alentours de l’an mil on importa des nouvelles arbalètes d’Orient. Le second conseil de Latran interdit cette arme de guerre en 1129, considérant celui-ci comme « non-conventionnel ». Ce n’était pas pour rien que l’arbalète devint rapidement une arme de choix pour voleurs, brigands et rebelles.

Firearms made the proud, heavily armoured knightly class fully ridiculous, militarily speaking. Grimmelshausen [17th century German author-translator's note], writing during the Thirty Years' War about the career from backwoods farmboy to military officer, had this to say in his Simplicissimus: “What has made me into so great a man is the fact that the lowliest stableboy can shoot dead the most courageous of world's heroes; had gunpowder never been discovered, however, I would have been forced to mind my p's and q's.”

Les armes à feu rendirent ridicules militairement parlant chevaliers et autres combattants à cheval du Moyen-âge. Grimmelshausen [un auteur/traducteur allemand du 17ème siècle], (…), écrivit dans son Simplicissimus : « Ce qui fit de moi un homme si grand est qu’un écuyer pouvait désormais tuer un des plus courageux héros du monde (…) ».

The “firetubes” were certainly no longer to found in the hands of outsiders. For as soon as the possibilities of the new technology were demonstrated there was no holding it back. Fearing that they would fall behind lords great and small scrambled around the explosive weapons. No council would help now; the know-how of the new weapons of annihilation spread like wildfire. In the Renaissance cities of northern Italy, with their relatively advanced craftsmanship, the technology of firearms progressed especially quickly. All achievements and discoveries during this birth period were adapted from the art of building and using cannons.

Les armes à longue portée ne restèrent plus longtemps aux mains des seuls marginaux. La nouvelle technologie ayant fait ses preuves, il n’y avait plus aucune raison de se retenir de l’utiliser. Les seigneurs, grands et petits, craignant d’être marginalisés, s’empressèrent d’acquérir ces nouvelles armes. Aucun conseil n’y ferait rien ; ces nouvelles armes de destruction se répandirent comme une trainée de poudre. La technologie des armes à feu progressa particulièrement vite au sein des villes de l’Italie du Nord, avec leur savoir-faire particulièrement impressionnant. L’ensemble des découvertes de cette époque furent subordonnées à l’art de construire et d’utiliser des canons.

The north-italian theorist Antonio Cornazano described the decisive role of firearms at the beginning of the 16th century, practically singing the praises of cannons and designating them quite affectionately as “Madama la bombarda, whose son is the rifle. This diabolical art has superseded all others and opens fortified cities to their enemies, making whole armies tremble with their roar.” (Cited in Zur Lippe, 1988, pp. 37)

Le théoricien italien Antonio Cornazano décrivit l’importance décisive des armes à feu au début du 16ème siècle, faisant l’apologie des canons et désignant ceux-ci affectivement comme « Madame La Bombarde, avec son fils fusil. Cet engin diabolique rend obsolète ses concurrents et conquiert n’importe quelle ville, faisant trembler des armées entières au son du canon. »

Ever better rifles were built and above all ever larger cannons, which could fire ever farther. The largest field artillery even earned their own individual names. In response new fortifying techniques were developed. Thus the first push for modernization was at the same time an arms race and this process has repeated itself periodically until the present days, making it something of a trademark of modernity. The larger and more technologically developed cannons and bullwarks became, the more pronounced the society-altering character of the “military revolution” became.

Des armes encore meilleures et des canons encore plus larges et à plus grande portée furent construits […] En réponse, de nouvelles techniques de fortifications furent développées. La première modernisation fut en même temps une course aux armements et ce processus s’est répété encore jusqu’à nos jours, symbole même de cette modernisation. Plus larges et technologiquement développés furent ces engins de mort, plus prononcée fut l’altération des structures sociales due à la « révolution militaire ».

The Military Machine Isolated

Le Moloch militaire

It quickly became clear that the effects of the innovation of firearms would not be limited to a simple change in military technology. The resulting transformation in the organization and logistics of war cut much deeper into social relations. Until this point the civil and military forms of organizations in agrarian societies had been largely identical. As a rule every free, fully-fledged citizen was also a member of the military, inasmuch as they had military obligations to fulfill. An army was gathered only when the highest power responsible, whether in the form of emperor, king, duke or consul, made a “call to arms” and led them to war. Between these events there generally existed no military apparatus worth mentioning. Although some larger empires like the Chinese or late Roman Empires had more or less powerful standing armies, these left no more than a superficial mark on the methods of production or way of life of a society, no matter how costly or elaborate they were.

Il devint rapidement clair que cette révolution militaire n’aurait pas pour unique conséquence un simple changement de technologie militaire. Les transformations qui en résultèrent quant à l’organisation logistique militaire pénétrèrent profondément à l’intérieur des relations sociales. Jusqu’alors, l’organisation militaire et l’organisation civile au sein des sociétés agraires étaient pratiquement identiques. Chaque citoyen était aussi membre des forces armées, avec des obligations militaires. Une armée n’était rassemblée que lorsqu’une très haute autorité, empereur, roi, duc ou consol, faisait un « appel aux armes » et entraînait ces citoyens-soldats dans un conflit. Entre chaque conflit, il n’existait pratiquement pas d’appareil militaire permanent. Même si des grands empires comme celui de Chine ou celui de Rome avaient des armées permanentes plus ou moins puissantes, celles-ci n’avaient qu’un effet superficiel sur l’ensemble des méthodes de production ou mode de vie dans une société, aussi coûteuses ou élaborées qu’elles étaient.

The decisive difference lies in the problem of equipment. Pre-modern warriors brought their weapons with them and wore them on their person daily, or kept them at home. Helmets, shields and swords could be produced by most any village blacksmith, and every sheperdboy knew how to use a bow and arrow or a sling. The entire logistics of war could be organized in a decentralized fashion. This corresponded entirely to the decentralized relations of a highly-developed agrarian society. The central authority, even a despotic one, had limits to its influence and its reach barely extended into daily life.

La différence décisive réside dans l’équipement. Les guerriers prémodernes ramenaient avec eux armes et autres accessoires militaires (…). Casques, boucliers et épées pouvaient être produits par n’importe quel forgeron, et chaque garçon savait utiliser un arc et des flèches. La logistique guerrière pouvait être organisée de façon décentralisée. Ceci correspondait d’ailleurs aux relations décentralisées propres aux sociétés agraires développées. L’autorité centrale, même despotique, avait une influence limitée, surtout au quotidien.

With modern military innovation, however, that was all a thing of the past. Muskets and especially cannons could not be produced in just any village and then stored at home, or even carried on one's person. The instruments of death had suddenly reached a higher order and broke the boundaries of human relations. In some respects we find the archetype for modernity in the cannon: it is namely a tool that begins to control its maker. A new industry of armament and death arose, which was a protoype for later industrialization and whose stench of corpses modern society, including the global market-democracies, have never been able to wash away.

Les armes à feu rendirent tout ceci complètement obsolète. Les mousquets et canons ne pouvaient être produits localement puis stockés chez soi, ou même transportés par une seule personne. Les instruments de mort avaient soudainement changés de dimension et détruit nombre de relations humaines. Le canon est d’ailleurs à certains égards l’archétype du monde moderne : un outil qui commence à dominer celui qui l’utilise. Une nouvelle industrie de l’armement naquît, servant de prototype pour une future industrialisation (…).

The military apparatus began to tear itself free from the civil organization of society. The handiwork of war became a specialized occupational field and armies became permanent institutions that began to dominate the rest of society, as Geoffrey Parker shows in his research: “Associated with this development were a marked growth in army size right across Europe (with the armed forces of several states increasing tenfold between 1500 an 1700), and the adoption of more ambitious and complex strategies designed to bring these larger armies into action. (…) finally, [the] military revolution dramatically accentuated the impact of war on society: the greater costs incurred, the greater damage inflicted, and the greater administrative challenges posed by the augmented armies.” (Parker 1988, 2)

L’appareil militaire commença à s’émanciper de l’organisation sociale civile. La guerre devint une occupation spécifique, tout comme l’armée devint permanente, commençant à dominer l’ensemble des structures sociales, comme montre Geoffrey Parker dans son ouvrage : « En parallèle avec ce développement, on assista à une croissance marquée de la taille des armées à travers l’Europe (forces armées de nombreux États multipliées par 10 entre 1500 et 1700), et à l’adoption de nouvelles stratégies encore plus ambitieuses et complexes pour diriger de telles armées. (…) [La] révolution militaire, finalement, accentua dramatiquement l’impact social des activités guerrières : plus il y avait de coûts, plus il y avait de dégâts, et plus il y avait de problèmes administratifs posés par l’existence de telles armées » (Parker 1988, 2).

In this way social resources were redirected to military purposes to an unheard of degree. On occasion there had been a sort of squandering militarism, but never for this long or involving such a large portion of social production. The new armament and military complex rapidly developed into an insatiable Moloch that swallowed up monstrous amounts of material and to which the best social possibilities were sacrificed. Despite, or perhaps because of their many heroic songs and war-like demeanor the pre-modern cultures consumed relatively little in terms of armaments; their wars could almost seem like harmless brawls.

De cette façon d’immenses ressources sociales furent destinées à des fins militaires, à un niveau jamais atteint jusque-là. À l’occasion, il y avait déjà eu du gaspillage de ressources sociales liées au domaine militaire, mais jamais aussi longtemps et à une telle échelle. Le nouveau complexe militaire se transforma rapidement en un insatiable Moloch engouffrant des quantités énormes de matériel et pour qui de meilleures possibilités de développement social furent sacrifiées. (…) Les sociétés prémodernes consommaient relativement peu en termes d’armement ; à côté de celles de l’époque moderne, leurs guerres semblent presque d’inoffensives querelles.

As regards this point, Karl Georg Zinn makes a comparison that is an even less flattering for modernity: “Measured by the development of weapons technology in the 14th century, the Middle Ages (...) had only a relatively weak military force at its disposal. War and armament burdened Medieval society far less than in the modern period. The proportion of agricultural surplus used for the purpose of destruction remained relatively slight during the Middle Ages; otherwise there would not have been enough to invest in necessary agricultural advancement, nor would there have been so many cathedrals, new cities or fortresses erected. The most pronounced difference between the Middle Ages and the modern period lies in the fundamentally different quality of technical progress: agricultural advances in the Middle Ages, urban armament and luxury technology with neglect of agriculture in Modernity.” (Zinn 1989, 58)

À cet égard, Karl Georg Zinn fait une comparaison encore moins flatteuse pour l’époque moderne : « Par rapport au développement technologique de l’armement au 14ème siècle, l’époque médiévale (…) disposait de forces militaires relativement faibles. La guerre et l’armement ont pesé bien moins lourd sur leur société que sur celle de l’époque moderne. La proportion de surplus agricole utilisé à des fins destructrices resta relativement faible au cours du Moyen-âge ; autrement ils n’auraient pas pu investir dans l’agriculture, comme il n’y aurait pas eu autant de cathédrales, de nouvelles cités ou de forteresses d’érigées. La différence fondamentale entre l’époque médiévale et moderne réside en une divergence au niveau du progrès technologique : progrès agricole au Moyen-Âge, progrès de l’armement et du luxe négligeant l’agriculture à l’époque moderne. »

“Madama la bombarda” devoured not only a disproportionate part of social production, but also gave the monetized economy a decisive boost, which had been rather limited until that point. By dint of the rising agricultural and cottage-industrial productivity alone the breakthrough of money as the anonymous ruling power would never have been possible. Over the millennia there had always been technical advances, but people generally preferred to apply the profits of increased productivity for greater leisure or sensual enjoyment rather than the accumulation of monetary capital. Such a mad form of productive development could only be imposed from outside, and the socially detached armament and military complex offered the best prospects for achieving it.

« Madame La Bombarde » ne dévora pas seulement une partie disproportionnée du produit social, mais donna également à l’économie monétaire un coup de pouce décisif, jusque-là limitée. L’expansion productive de l’agriculture et de l’industrie pastorale n’aurait pas suffi à l’émergence de l’argent comme puissance dominatrice anonyme. Au cours du millénaire il y a toujours eu des avancées techniques, mais on en profitait généralement (…) pour faire moins d’efforts plutôt que pour accumuler du capital monétaire. Une forme aussi violente de développement productif ne pouvait être imposée que de l’extérieur, en l’occurrence par un complexe militaire complètement détaché du social. »

Because the production of firearms could no longer be carried out decentrally within the bounds of agrarian natural and household production, it had to be concentrated. The same applied for the standing armies and military apparatuses, whose members were now professional killers and could not sustain themselves from household production. The only medium of reproduction for the unhinged military machine was money. The abstraction of the firearms-based military apparatus from the material needs of society corresponded to the money-form as an adequate medium. The permanent arms-economy of the canon and the structurally independent armies of scale translated, socially speaking, into a similar expansion of social mediation by money. It may have sustained itself from various sources, but all sprang forth as consequences of the “military revolution.”

La production d’armes à feu ne pouvant plus être conduite de façon décentralisée à l’intérieur de l’économie agricole et domestique, elle devait être centralisée. Idem pour l’appareil militaire et ses armées permanentes, remplies de tueurs professionnels ne pouvant plus subvenir à leurs propres besoins. La seule forme de reproduction compatible avec l’asociale machine militaire était l’argent. Les besoins sociaux étant coupés de l’abstraction destructrice de l’appareil militaire, l’argent apparaissait comme une forme adéquate pour cette nouvelle abstraction. L’économie de guerre permanente et l’indépendance structurelle d’armée à grande échelle fut traduite, socialement parlant, en une expansion similaire de l’argent comme médiation sociale. Celle-ci provient peut être d’autres sources, mais elle se répandit principalement comme conséquence de la « révolution militaire ».

War Financiers, Condottieri and Lansquenets

Financiers de guerre, Condottieri et Lansquenets

The early modern mercernary captains (Condottieri) and the musketeers and canoniers under their command were the first subjects to be fully freed from agrarian reproduction and without social attachment. Thus their existence was the prototype of the subject form itself, which starting in the modern period was to evolve into a general social principle as the abstraction of labor from needs.

Chefs de mercenaires du début de l’époque moderne (Condottieri), mousquetaires et canonniers sous leur commandement étaient les premiers à être libérés complétement des impératifs de reproduction agraire et des obligations sociales. Leur existence, dès lors, servit de prototype à la forme sujet elle-même, qui, naissante à l’époque moderne devait évoluer en principe social général comme scission entre travail et besoins.

In the analyses of the cultural historian Rudolf zur Lippe it becomes clear how the new, bloody “craftsmen of death” transformed into the template of modern wage labor and its management: “The planning of military actions ... had to submit to the primacy of profit calculation. Chivalric notions of honor and fearlessness befitting one's rank was no longer in demand. (...)The unfunctionalized remains of feudal bearing, that is to say, the direct relations to the people and things for which one fights, gradually disappeared with one generation of “last knights” after another. (...) Indeed, the great mass of warriors had transformed into soldiers, recipients of guerdon or pay, and their leaders were paid out of the treasuries of states and offices. The first technological discovery of decisive practical importance was introduced to a field where things like abstract labor and replaceable wage workers had long been in existence: cannons were commensurate to the goal of wars in which the aim was something as abstract as the accumulation prospects of mercantile capital. (...) Since the number of lansquenets in an armed force represented nothing more than the number of people that the contractor could pay, the abstract composition of martial strength in cannons as machines of destruction was the logical consequence.” (zur Lippe 1988, 37)

Les analyses de l’historien culturel Rudolf zur Lippe montrent comment ces nouveaux et sanglants « fabricants de morts » servirent de modèle au salariat moderne et à son management : « La planification des opérations militaires (…) devait se soumettre à l’impératif du profit. Les notions chevaleresques d’honneur et de courage n’étaient plus de mise. (…) La grande masse des guerriers fut transformée en soldats-salariés dont les commandants étaient rémunérés par des fonds royaux ou des offices. (…) Les canons servaient à des buts de guerres aussi abstraits que l’accumulation de capital. (…) Le nombre de lansquenets ne représentant rien de plus que celui qu’on pouvait payer, l’abstraction des destructions causées en furent sa conséquence logique. » (zur Lippe 1988, 37)

The old mercantile capital was not the logical causa prima for this relationship between abstract labor and the innovation of firearms, as it was claimed here in the sense of an ontology of historical materialism. It wasn't the abstract killing machine, the cannon, that answered to mercantile capital with an already abstract interest in accumulation, but the reverse; the genesis of this interest-form itself was due to the “military revolution” and its social consequences.

Le vieux capital mercantile ne fut pas une cause première de cette relation entre travail abstrait et innovation militaire, comme voudrait l’ontologie du matérialisme historique. Le canon, cette abstraite machine à tuer, ne fut pas une réponse au capital mercantile déjà en train de s’accumuler de façon abstraite, mais exactement l’inverse ; la genèse de cette forme était due à la « révolution militaire » et à ses conséquences sociales.

At this point historical materialism would have to go a little crazy, as its assumption of an “economic basis,” in this case early modern mercantile capital, doesn't conform with a dialectic of “productive power and productive relations” that in truth was itself a late-coming result of the capitalist mode of production. What productive powers called the abstract accumulative interest of early modern merchant capital into being? The compass or the discovery of eye glasses? The alleged causal nexus doesn't exist.

Le matérialisme historique est confronté ici à un problème, puisque ce [big bang] (…) ne se conforme pas à la dialectique des « forces productives et rapports de productions » qui en réalité est un résultat du mode de production capitaliste. (…)

In truth the abstract interest of accumulation and the free entrepreneurs of modern monetized economy couldn't have arisen immediately out of the medieval urban merchants and craftsmen. These groups, positioned in the niches of agrarian society, remained bound by guilds and trade associations to a narrow-minded system of mutual obligations and traditions. Their markets were not characterized by free competition and even less by the abstract logic of accumulation. Not until clans of merchants-such as the infamous Fuggers-rose to become war financiers under the regime of firearms did interest shift to sheer monetary accumulation. As the guarantors of princes these financiers had a stake in obtaining the most exorbitant monetizable plunder possible. This profit calculation, free of all social bonds, was reflected in the mercenary captains. The abstract rationale of modern business management sprang from the muzzles of rifles and canons in the hands of professional murderers and arsonits, not an interest in the general welfare.

En réalité, l’intérêt abstrait d’accumuler et l’économie monétaire moderne des entrepreneurs libres ne pouvait pas émerger immédiatement des marchands et artisans urbains médiévaux. Ces groupes, situés aux marges de la société agraire, y restaient fermement attachés via des guildes et autres associations commerciales caractérisées par un système d’obligations mutuelles et de traditions. Leurs marchés n’étaient pas caractérisés par une compétition libre et encore moins par une logique abstraite d’accumulation. Ce ne fut pas avant l’avènement des clans de marchands comme celui des infâmes Fuggers qui devinrent financiers militaires (…) que cette logique changea. (…) Ces financiers cherchaient à obtenir des revenus monétaires exorbitants. Ce calcul mercantile, libéré de toute obligation sociale, était celui des capitaines de mercenaires. La rationalité abstraite du management capitaliste moderne se répandit du bout du canon, des fusils et des pièces d’artillerie aux mains d’assassins professionnels, non pas pour l’intérêt général.

The use of muskets and canons was to a certain degree an early form of “abstract labor.” Even today most people stop short when faced with this term, although it's not difficult to understand what is meant by it. “Abstract labor” is any activity carried out for money where the money is the deciding factor, that is to say, the content of the work is relatively unimportant. Modern monetary subjectivity in its original form carried this indifference to the point of obliteration, even risking one’s own. The objectification of the world for the purpose of indifferent profiteering included self-objectification through mortal risk. Entrepreneurs and workers of death were prototypically in equal parts the identical subject-object of history, the mercenary captain a.k.a manager just as much as the soldiers a.k.a wage workers. It doesn't matter against who or for what one fights, in what branch of production money is invested, what sort of work one does; so long as the price is right it doesn't matter how many worlds burn to the ground.

L’utilisation de mousquets et de canons fut à un certain point une forme primitive de « travail abstrait » […] Le « travail abstrait » désigne n’importe quelle activité faite pour de l’argent, où ce qu’on fait à relativement peu d’importance. Le sujet monétaire moderne dans sa forme originaire a poussé cette indifférence jusqu’à risquer sa vie ou celle des autres. L’objectivation du monde à l’abstraite logique du profit incluait l’objectivation individuelle à travers ce risque. Les entrepreneurs et travailleurs de la mort étaient ensemble prototypiquement ce sujet-objet de l’histoire, qu’il s’agisse du capitaine mercenaire manager ou des soldats-salariés. Peu importe qui se bat ou pourquoi, dans quelle branche de production l’argent est investi, quel genre de travail on effectue ; tant qu’on en obtient un prix satisfaisant il n’est pas important de savoir combien d’endroits a-t-on détruit.

The nihilism of money disguised itself at first with images of farming life. “Hay” was the first slang expression for money, and one sought “to make money like hay” [used in German for “to make pots of money”-translator's note], regardless of all else, as one lansquenet song reveals:

We care not for the Roman Empire, If it dies today or tomorrow it's all the same to us, And if it goes in pieces as long as the hay suffices we'll sew it together.

Wir haben keine Sorgen Wohl um das röm'sche Reich Es sterb heut oder morgen, Das gilt uns alles gleich. Und ging es auch in Stücke, Wenn nur das Heu gerät, Draus drehen wir ein Stricke, Der es zusammen näht.

Le nihilisme monétaire s’est déguisé sous l’apparence d’une vie paysanne. Le blé [expression française] (ou du foin [expression allemande]) fut une des premières expressions pour designer l’argent, et chacun cherchait à « faire de l’argent comme du blé [ou du foin] », sans se soucier d’autre chose, comme l’indique une chanson de lansquenets

On se fiche Du Saint Empire romain S’il crève aujourd’hui ou demain Pour nous ça ne change rien Et s’il tombe en miettes Tant qu’il y a du blé [ou du foin] à gagner On le maintiendra en l’état

The simple soldiers in the developing military apparatuses brutalized and were socially denigrated at the same time for their lack of productive means. They were also the first people to be able experience unemployment. When there was no money left in the treasuries of warlords the jobs in the armies melted away. Many musketeers and cannoneers fell victim to massive layoffs; they found themselves, without any safety net, literally thrown out on the street and were feared as wandering beggars, thieves and occasional murderers. The image of the rootless and often unemployed soldier was a mass phenomenon.

Les simples soldats au sein des appareils militaires en développement (…) expérimentèrent en premier l’absence de travail. Quand il n’y avait plus d’argent (…) de nombreux mousquetaires et canonniers étaient renvoyés ; ils se retrouvaient alors littéralement jetés dehors et étaient craints comme clochards-vagabonds, voleurs ou assassins occasionnels. L’image du soldat sans racines et souvent sans emploi était un phénomène de masse.

The Monetization of Society

Vers une société gouvernée par l’argent

War booty and borrowing from war financiers was not enough to keep the military machine running, however. The whole of social reproduction was exhausted for the purpose of feeding this machine and at the same time it was subjected to the monetary form. At first this meant monetizing the material levies. While the natural-economic taxes had been tied to real agricultural yields, monetary taxes abstracted these fully from natural conditions and carried forward the logic of the military apparatus into the realm of daily life.

Les trophées de guerre et autres emprunts à des financiers ne suffirent toutefois pas à faire fonctionner l’armée moderne. La reproduction sociale dans sa totalité était épuisée de nourrir cette machine et en même temps elle était soumise à l’argent-forme. Premièrement, cela signifiait monétiser l’impôt. Tandis que l’impôt en nature était lié à une production agricole réelle, l’impôt monétaire faisait abstraction des conditions naturelles et imposa sa logique, celle de l’appareil militaire, aux activités quotidiennes.

The unsatiable hunger for money under the firearms-regime came to dominate social life. According to recent calculations the tax burden rose by no less that 2,200% between the 15th and 18th centuries. That forcing the monetary form upon the people caused demoralization is attested to in numerous sources.

L’insatiable faim d’argent du régime des armes à feu en vint à dominer l’ensemble des activités sociales. Selon des calculs récents, l’impôt augmenta de 2200 % du 15ème au 18ème siècle. L’imposition de cette logique monétaire entraîna une démoralisation massive, ainsi que l’attestent de nombreuses sources.

Even Rousseau tells in his autobiographical Confessions of how he learned of the sufferings of the weakened rural population during the vagabondage of his youth: “After several hours...I called at a peasant's home, weary and almost dying of hunger and thirst. I bid the farmer provide me with a midday meal for payment. He offered me skimmed milk and rough barley bread and told me it was all he had. ... The farmer, who had questioned me thoroughly, concluded from my appetite that my story was true. After he explained that he could see that I was a good, honest young man and not come to swindle him, he opened a small trapdoor next to his kitchen, climbed in and came back a moment later with a fairly thick pancake. ... When it came to payment he was gripped again by agitation and fear; he wanted no money, but refused it with extraordinary embarrassment...and I could not think of what he feared. Finally, trembling, he brought forth the terrible words: 'Commissar' and 'Cellar Rats.' He informed me that he hid his wine on account of the officials and his bread on account of the tax, and that he would be lost if suspicions arose that he was not dying of hunger. ...I left his house equal parts outraged and touched, and lamented the lot of such beautiful areas on whom nature had wasted her blessings to make them into plunder for tax agents.”

Même Rousseau raconte [ça] dans ses Confessions (…) : « (…) Je suis entré dans sa maison [au paysan], à moitié mort de faim et de soif. Je pria [celui-ci] de me fournir un repas en échange d’argent. Il m’offrit du lait [frelaté] et du pain dur, m’expliquant que c’était tout ce qu’il avait. (…) Le fermier, qui m’avait longuement questionné, conclu de mon appétit que mon histoire était vraie. Après m’avoir expliqué qu’il pouvait bien voir que j’étais un bon, un honnête jeune homme et que je n’étais pas venu le dépouiller, il ouvrit une petit trappe à côté de sa cuisine, monta dedans et revint un moment plus tard avec une crêpe (…). Quand vint l’heure de payer il devint nerveux et inquiet ; il ne voulait pas d’argent (…) et je n’arrivais pas à comprendre ce qu’il craignait. Finalement, tremblant, (…) il m’informa qu’il cachait son vin et son pain des autorités fiscales, et qu’il serait perdu si on commençait à croire qu’il ne mourrait pas de faim ».

These tax agents represented, alongside war financiers and condottieri, another prototype of free marketeers in that they purchased in one lump-sum from the state the right to collect taxes. And if necessary those who couldn't pay would have their last cow or their tools confiscated by the bailiff, so that money might be squeezed out of it.

Ces agents fiscaux représentaient, aux côtés des financiers de guerre et des condottieri, un autre prototype du marché libre en ce sens qu’ils achetaient à l’État le droit de collecter l’impôt. Et si certains ne pouvaient pas payer, on leur confisquerait vache ou outils (…) pour en retirer de l’argent.

But the conversion of nature's fruits into tax money and its exorbitant rise was also unable to satisfy the money-hunger of the war machines. The military despots of modernization moved on to founding their own productive enterprises outside of the guilds and trade associations; the aim of these enterprises was no longer fulfilling needs but solely the acquisition of money. These state manufactories and plantations produced for the first time for a large, anonymous market, which was to finally become the precondition for free competition. And because no one volunteered themselves as cheap wage laborers, convicts, mentally-ill prisoners and on the periphery slaves were used. Special crimes were even invented so that forced labor could be obtained en masse. The directors of the new penitentiaries and workhouses for the free market, which developed during the forced monetization of society, completed the illustrious collection of free enterprise prototypes.

La conversion des fruits naturels en impôt monétaire et son augmentation exorbitante était toutefois incapable de satisfaire l’appétit monétaire des machines de guerre. Les despotes militaires modernes commencèrent alors à fonder leurs propres entreprises productives en dehors des guildes et autres associations de commerce ; l’objectif de telles entreprises n’étaient désormais plus de satisfaire des besoins mais seulement l’acquisition d’argent. Ces manufactures d’État et autres plantations produisirent, première historique, pour un marché anonyme et large, qui devint une condition préalable au marché concurrentiel libre. Comme personne ne voulait servir de travailleurs salariés bon marché, on utilisa des fous et des esclaves des périphéries. Des nouveaux crimes furent même inventés pour obtenir plus de main-d’œuvre. Les (…) nouveaux pénitenciers et maisons de travail du marché libre, développés durant la monétisation forcée de la société, compléta l’illustre collection des prototypes de l’entreprise libre.

War for State-Building

La guerre, mère de l’État moderne

The condottieri, who sold themselves and their private armies to the highest-bidding city or ruler, were a transitional occurrence. Soon the princely administrations, who had at first appeared only as clients, took the matter into their own hands. What would later become a law of development for modern economics asserted itself first on the plane of the great powers that waged war with firearms: the big fish devoured the small ones.

Les condottieri, qui se vendaient avec leurs armées privées au plus offrant, était une forme de transition. Les administrations princières, d’abord seulement clients, allaient bientôt prendre ce problème en main. Ce qui deviendrait plus tard une loi de développement de l’économie moderne fut d’abord celle des grandes puissances engagées dans des guerres : ceux qui étaient gros mangeaient ceux qui étaient petits.

Once set into motion by the self-perpetuating dynamic of the “military revolution,” the newly-minted early-modern state entities clashed with each other in a wave of expansion. In bloodbaths that at the time were without parallel they tested their strengths, which for the first time were grounded in large-scale technology, in order to battle for supremacy in Europe. The liberal-conservative Swiss historian Jacob Burckhard hit the mark when he spoke of the “State-building war” of the early modern period, for it was then that the foundations of today's still-existing power structures were laid and when what we term politics, the flip-side of monetized production, came into being.

Une fois lancé par l’automatique dynamique de la « révolution militaire », l’ensemble des États modernes – tout juste nés – se livrèrent une guerre sans merci. Dans ces bains de sangs sans précédent ils testaient leurs forces, qui résidaient (…) dans l’utilisation de technologies à grande échelle, pour se préparer à conquérir l’Europe […] C’est à ce moment-là que l’État moderne, envers de l’argent, naquit.

This dynamic was accelerated by the discovery of the Americas. In the same manner that the development of modern military technology was set into motion, colonial expansion in both parts of the Americas (unthinkable without firearms) developed out of the military machines' hunger for money. As is well known, adventurers like Pizarro slaughtered entire Indian nations with a few canons and a handful of musketeers. The arms economy and colonialism pushed each other to new heights. The continuous traffic across the Atlantic demanded huge fleet-building programmes, which once again could only be carried out with an abstract monetary economy. The “State-building War” took on transcontinental dimensions. Behind the logic of cannons lurked the hubris of world domination. Thus the Seven-Years'-War (known as the “French and Indian War” in the United States) from 1756 to 1763 between Prussia and England on one side and Austria, Russia and France on the other was the first world war, because it took place simultaneously in Europe and the colonies of the New World.

Cette dynamique fut accélérée par l’invasion des Amériques. À l’instar du développement de technologies militaires modernes, l’expansion coloniale en Amérique du Nord comme du Sud (impensable sans armes à feu) développa l’appétit des machines militaires pour l’argent. (…) Des aventuriers comme Pizarro massacrèrent des nations indiennes entières avec juste quelques canons et mousquetaires. Le colonialisme et l’économie de l’armement se renforcèrent mutuellement. Le trafic continu à travers l’Atlantique demanda d’importants programmes de construction navale, qui ne pouvaient être effectués que par l’économie monétaire abstraite. La « guerre qui construit l’État” pris une dimension transcontinentale. La logique des canons conduit à celle de l’hégémonie mondiale. La guerre de Sept Ans (…) de 1756 à 1763 entre Prusse et Angleterre d’un côté et Autriche, Russie et France de l’autre fut ainsi une guerre mondiale, prenant place en Europe, en Inde et en Amérique du Nord.

History now comprised an ever-accelerating sequence of military conflicts. According to Geoffrey Parker modernity has been the least peaceful period in the whole of human history, both in terms of the frequency as well as the length and scale of wars. This concentration of warfare and the militarization of the economy accompanied a necessary centralization of society. The big fish ate the little fish not only outward among states, but also inwardly domination was formed anew in the cannon-defined states. Until the 16th century there had been no organized administration stretching from above to below. The common people had to pay taxes in the form of natural produce or labor corvees, but were otherwise left to their own devices. Most affairs were managed by institutions that were both autonomous and limited in their authority. There were even large regions with free farmers and craftsmen that were armed and knew no feudalism; the repressive character of structures here arose from the narrowness of affairs predicated upon blood-relation.

L’histoire était désormais une suite de plus en plus rapide de conflits militaires. Geoffrey Parker explique ainsi que l’ère moderne fut incomparablement plus guerrière que l’ensemble des autres époques, en termes de fréquence comme en termes de longueur et d’échelle. La concentration et militarisation de l’économie conduisit nécessairement à une centralisation sociale. La logique du gros poisson mangeant ces congénères plus petits n’était pas valable qu’au sein des relations entre États, mais également au sein des États eux-mêmes. Jusqu’au 16ème siècle il n’y avait pas d’administration organisée s’imposant d’en haut. Les gens ordinaires devaient payer des taxes sous forme de produits naturels ou de corvées, mais étaient sinon laissés à eux-mêmes. Les institutions étaient autonomes et limitées dans leur autorité. Il y avait même des régions importantes où des fermiers et artisans libres étaient armés et ne connaissait aucun féodalisme (…).

Modernization meant at first nothing other than the destruction of these forms of “narrow-minded autonomy” from above and outside so that the people could be subjected to the “political economy of firearms” in the form of monetary taxation and finally be turned into into money-producing units of abstract labor. From the peasant wars of the 15th and 16th centuries to the “Luddites” of the 19th century, independent producers defended themselves in desperate rebellion against their being hammered into fodder for the war machine and its abstract monetary economy. This resistance was bloodily suppressed. The absolutist state apparatus, built on the foundation of firearms-innovations, implemented its imperatives by force.

La modernisation ne conduisait à rien d’autre qu’à détruire ces formes d’économies autonomes de l’extérieur et d’en haut pour soumettre tout un chacun à « l’économie politique des armes à feu » par l’impôt monétaire puis par l’imposition du travail abstrait. Des guerres de paysans du 15ème-16ème siècle aux Luddites du 19ème siècle, des producteurs indépendants se défendirent par des rébellions désespérées contre l’oppression exercée par l’abstraite économie monétaire et son corollaire militaire. Toute résistance fût brutalement réprimée. L’appareil d’État absolutiste, bâtit sur l’invention des armes à feu, imposa ses objectifs avec force.

The Economy Isolated

L’économie sans contraintes socio-culturelles

Behind the ubiquitous modern compulsion to earn money stands the logic of thundering cannons. These triggered a dynamic of social transformations that began to turn on their creators in the 18th century. The “political economy” of an arms and military apparatus, detached from society and only sustainable via abstract labor, became independent of its original purpose. From the early-modern military despots' hunger for money rose the principle of the “valorization of value,” which operated under the name of capitalism from the early 19th century. The rigid shell of military-statism was cast aside only to allow the the now-independent money machine to progress as a pure end in itself within an “economy isolated” (Karl Polanyi) from all social and cultural shackles, and to give free reign to anonymous competition.

Derrière l’omniprésente obsession moderne de gagner de l’argent réside l’infernal bruit du canon. Ceux-ci enclenchèrent une dynamique de profondes transformations sociales (…). “L’économie politique” des armes et de l’appareil militaire, détaché du social et seulement reproductible via l’abstraction-travail, devint indépendant de son dessein originel. Des despotes modernes assoiffés d’argent naquit l’idée de “valorisation", qui prit pour nom « capitalisme » au début du 19ème siècle. Le bouclier rigide de l’étatisme militaire fut mis de côté uniquement pour permettre à l’empire de l’argent nouvellement indépendant de progresser comme une fin en soi à l’intérieur d’une économie désormais sans contraintes socio-culturelles, et pour donner naissance à l’omnipotente compétition anonyme de tous contre tous.

This form of total competition bears the mark of Cain that bespeaks its origins in total war, even down to its terminology. It is no coincidence that Thomas Hobbes, founder of modern liberal state theory, declared the “war of all against all” as the natural human state. It was the proponents of the so-called Englightenment who translated the imperatives of the “isolated economy” into an abstract philosophical ontology of the “autonomous subject” in the 18th century, which had nevertheless been predefined by the totalitarian value form. Socialism, on the other hand, merely laid claim to the state as a transcendental subject as the opposing pole of the same bourgeois ontology and thereby inherited the war-economic origins of the modern world. The Marxism of the workers' movement had a reason for unselfconsciously adopting the phrase “Armies of Labor.”

Cette forme de compétition totale porte (…) ses origines dans une guerre totale, même dans sa terminologie. Ce n’est pas une coïncidence que Thomas Hobbes, fondateur du libéralisme étatique moderne, déclare que l’état naturel de l’homme est « une guerre de tous contre tous » […] Les Lumières transformèrent l’impératif de “l’économie sans contraintes” en une abstraction ontologique-philosophique du « sujet autonome » au 18ème siècle, qui avait été quoiqu’il en soit prédéfini par le totalitarisme de la forme-valeur. Le socialisme, d’un autre côté, fit de l’État un sujet transcendantal, pôle opposé d’une même ontologie bourgeoise et hérita donc de l’origine guerrière du monde moderne. Le marxisme du mouvement ouvrier avait une raison inconsciente d’adopter l’expression « armées du travail ».

For the global-market democracies of the present the “detached” end-in-itself of valorization of value and abstract labor has long since been internalized and is accepted as natural. They have carried both the monetization of all areas of life as well as the attendant bureaucratic human administration to extremes. All rights and freedoms, all supposed self-determination and responsibility, all politics and all party programmes are always subject to this mute apriori.

La fin en soi de la valorisation de la valeur et du travail abstrait a depuis longtemps été internalisée et accepté comme naturel au sein des démocraties-marchés globales du présent. Elles ont encouragé à l’extrême l’omnipotence de l’argent sur nos vies et l’administration bureaucratique des êtres humains correspondante. Les droits et libertés, l’autonomie et la responsabilité, la politique et ses partis restent à ce sujet toujours muets.

A radical critique of capitalism will be blocked so long as it shares the ontological fundament of bourgeois subjectivity. Most leftist critics of bourgeois ontologists are themselves proponents of bourgeois ontology. Implicitly or explicitly they wish to reassure themselves with the ontological constructs of bourgeois enlightenment and adopt an agnostic stance towards the real origins of modernity by asserting counterfactually that capitalism emerged directly out of agrarian society.

Une critique radicale du capitalisme restera bloquée aussi longtemps qu’elle partage son ontologie avec celle des bourgeois. La plupart des critiques de cette dernière adhèrent eux-mêmes à cette ontologie bourgeoise. Implicitement ou explicitement ils essayent de se rassurer avec des constructions ontologiques des Lumières bourgeoises et adoptent une position agnostique sur l’origine réelle du monde moderne en expliquant de façon contrefactuelle que notre système capitaliste émergea directement des anciennes sociétés agraires.

An opposed and emancipated anti-modernity will not foster a backwards-looking ideology, but rather proceed seriously with the “negative dialectic” beyond Adorno and historical materialism; in short, it will break with the enlightenment subject-ontology once and for all. That includes a new evaluation of history, one that will no longer ignore the origin of modernity in the “political economy of firearms.”

Une pensée critique et émancipée anti-moderne ne doit pas être une idéologie réactionnaire, mais devrait sérieusement songer à une « dialectique négative » (…) ; en gros, cela détruira l’ontologie du sujet des Lumières une bonne fois pour toutes. Cela inclue une nouvelle évaluation de l’histoire, une qui n’ignorera plus l’origine de l’époque moderne : « l’économie politique des armes à feu ».

Literature

Bibliographie

Norbert Elias: Über den Prozess der Zivilisation. Soziogenetische und psychogenetische Untersuchungen. Frankfurt/Main 1990, first1936.

Norbert Elias, Sur le processus de civilisation.

Rudolf zur Lippe: Vom Leib zum Körper. Naturbeherrschung am Menschen in der Renaissance. Reinbek bei Hamburg 1988, first 1974.

Karl Marx: Das Kapital. Kritik der politischen Ökonomie, Erster Band. Berlin 1965, first 1867.

Karl Marx, Le Capital.

Geoffrey Parker: The military revolution. Military innovation and the rise of the West, 1500 - 1800. Cambridge - New York 1988.

Geoffrey Parker, La révolution militaire.

Karl Polanyi: The great transformation. New York 1975, first 1944.

Karl Polanyi, La grande transformation.

Werner Sombart: Krieg und Kapitalismus. München 1913.

Werner Sombart, Guerre et Capitalisme.

Max Weber: Die protestantische Ethik. Tübingen 1984, first 1920.

Max Weber, L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme.

Max Weber: Wirtschaft und Gesellschaft. Grundriss der verstehenden Soziologie. Tübingen 1985, first 1922.

Karl Georg Zinn: Kanonen und Pest. Über die Ursprünge der Neuzeit im 15. und 16. Jahrhundert. Opladen 1989.

Karl Georg Zinn, Canons et Peste.

Texte original de Robert Kurz

Traduction de l'allemand à l'anglais par John Carroll

Traduction de l'anglais au français par Armel Campagne

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visit 16/12/2013 09:41

I am so impressed with this well written article that cover lots if topics such as business, economy, labor etc. and the various theories associated with them. You have shared the view points from all angles and that makes the post special.

moneyonline 16/12/2013 05:14

good share

S. 01/08/2013 08:50

La traduction en français était déjà disponible sur le site d'Exit
http://www.exit-online.org/uploads/Robert%20Kurz%20-%20Le%20Boom%20de%20la%20modernite.pdf
;)

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