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Pensée radicale

Pensée radicale

Une pensée radicale est une pensée allant jusqu'aux racines des problèmes afin de résoudre ceux-ci


JUIVES ET JUIFS RÉVOLUTIONNAIRES - COMMENT RÉPONDRE À DES THÉORIES ANTISÉMITES ET CONTRE L'ANTISÉMITISME, LA POLITIQUE DU PIR(E)

Publié par A. Paris sur 2 Mars 2016, 16:06pm

Catégories : #Actualités, #Société, #Politique-Géopolitique

JUIVES ET JUIFS RÉVOLUTIONNAIRES - COMMENT RÉPONDRE À DES THÉORIES ANTISÉMITES ET CONTRE L'ANTISÉMITISME, LA POLITIQUE DU PIR(E)

COMMENT RÉPONDRE À DES THÉORIES ANTISÉMITES ?

 

Il y a plusieurs type de réactions face à des réflexions, remarques ou théories antisémites. La plus évidente consiste à esquiver d’une manière ou d’une autre, car nous ne souhaitons pas rentrer dans un débat qui nous est anxiogène, car nous ne nous sentons pas l’âme de pédagogue pour racistes ou tout simplement car nous sommes fatigué.e.s de ces conneries. Même type de réponse, la pédagogie du « ma main dans ta gueule » peut aussi être utilisée, si elle ne convaincra sans doute pas l’adversaire, elle pourra au moins le pousser à plus de discrétion dans l’expression de ses idées nauséabondes et nous permettra également d’éviter un ulcère dû à trop de maîtrise de soi.

 

Parfois cependant l’esquive est impossible et nous estimons qu’une réponse est nécessaire, cela peut être le cas quand l’interlocuteur est un.e proche, un.e collègue, etc. On se demande alors comment faire pour lui répondre, comment le ou la faire évoluer. Cette question est difficile. Comme le complotisme, l’antisémitisme n’est pas un mode de pensée rationnel, mais une grille de lecture du monde basée sur l’idée de l’existence d’un groupe occulte et tout puissant et donc tout à fait capable de produire des preuves de sa non existence, de falsifier l’histoire, etc. Tous les arguments que nous opposerons à une telle vision du monde pourront être repris par les antisémites les plus acharné.e.s comme preuve que décidément « ils » sont très forts. En ce sens, la meilleure méthode pour contrer les discours antisémites est pour nous la démonstration des rapports de classe existant en France, l’expérience de la solidarité face aux oppressions capitaliste, raciste, sexiste, etc.

Nous allons tenter cependant, pour venir en aide à ceux et celles qui s’en sentiraient le courage, de donner quelques réponses, non exhaustives, pour aller à l’encontre des idées antisémites les plus courantes.

« Les Juif.ve.s sont riches. »

Certain.e.s Juif.ve.s sont riches. La plupart ne le sont pas. Ainsi, certaines parmi les principales communautés juives de France sont situées dans des quartiers populaires, comme à Sarcelles. Selon le Fond Social Juif Unifié, 18% des Juif.ve.s de France vivent sous le seuil de pauvreté (environ 900 Euros par mois). À New York, ville du monde comptant le plus de Juif.ve.s, près d’un quart d‘entre eux et ellesvivent également sous le seuil de pauvreté.

 

« Les Juif.ve.s ont tué Jésus / le prophète Muhammad / la maman de Bambi. »

Dans l’Histoire, la religion est souvent prétexte à des massacres et des persécutions. Nous ne prétendons pas que le judaïsme fasse exception. Cependant, cette accusation d’assassins de prophètes se réfère à Jésus Christ, pourtant crucifié et condamné par le justice romaine et non par des Juif.ve.s, sans que personne n’en accuse les Italien.ne.s d’aujourd’hui.

Certaines traditions musulmanes accusent également une Juive dont la famille avait été tuée lors de la bataille de Khaybar d’avoir empoisonné Mahomet. Cependant, la plupart des théologiens musulmans estiment que Mahomet serait mort plusieurs années plus tard (quatre ans séparent Khaybar de la mort de Mahomet), vraisemblablement d’une pleurésie.

Cette accusation d’avoir tué tel ou tel personnage important trouve des déclinaisons concernant à peu près tout les personnages célèbres, de Malcolm X à Yasser Arafat en passant par le commandant Cousteau. Elle ne repose bien entendu sur rien de sérieux, si ce n’est les délires complotistes classiques.

Dans tous les cas, attribuer à un groupe social la responsabilité d’actes qui auraient été commis (sans aucune certitude) il y a plusieurs centaines d’années, qui plus est par une personne ou une poignée de personnes est une attitude raciste.

 

« Les Juif.ve.s génocident les Palestinien.ne.s. »

Deux idées antisémites sont ici à l’oeuvre. D’abord, l’assimilation de l’État israélien aux Juif.ve.s. Pourtant, une majorité des Juif.ve.s du monde vivent en dehors d’Israël et n’ont rien à voir avec la politique menée là-bas. Certain.e.s en sont même des farouches opposant.e.s.

Ensuite, l’accusation de génocide, qui a pour but de relativiser la Shoah en faisant passer l’idée que les massacré.e.s seraient devenu.e.s des massacreurs. Or, si le peuple palestinien est victime du colonialisme et de l’impérialisme israélien, il n’y a pas de la part du gouvernement israélien de volonté d’extermination systématique. Il n’y a ni chambre à gaz, ni camps d’extermination. Les souffrances n’ont pas à être mises en paralèlle et on peut défendre la cause des opprimé.e.s sans la rapporter systématiquement au nazisme.

 

« Les Juif.ve.s contrôlent le monde / la politique francaise / étasunienne. »

Il s’agit ici de dédouaner les États et les bourgeoisies francaises et étasuniennes de leurs méfaits en en rendant responsable la minorité juive. Cette accusation prend souvent la forme d’une focalisation sur certaines personnalités, d’autant plus difficile à contrer que les personnalités en question sont réactionnaires, détestées (et détestables, comme BHL). Leur pouvoir d’influence est largement exagéré, afin de suggérer par association que la minorité juive détiendrait le pouvoir réel, une quantité de pouvoir infiniment supérieure à son poids numérique. C’est un vieux théme antisémite, qui vise à exonérer les politiciens français et la bourgeoisie françaises de ses responsabilités : une aubaine pour l’État et les nationalistes.

Car paradoxalement, cette idée est assez naïve. L’État francais ou étasunien ne règle pas sa politique étrangère en fonction d’idéologie, fut-ce le sionisme, mais en fonction de ses intérêts économiques et géopolitiques et des intérêts de sa bourgeoisie. Ainsi, les interventions militaires francaise en Libye, en Côte d’Ivoire ou au Niger ne sont pas motivées par une volonté de plaire aux Juif.ve.s, mais par la défense des intérêts coloniaux en Afrique. Il en va de même pour les interventions militaires américaine en Irak ou en Afghanistan.

 

« La Shoah est un business inventé pour défendre Israël. »

D‘innombrables preuves existent aujourd’hui qui démontrent la réalité du génocide juif et sa spécificité. A ce propos nous recommandons le travail de vulgarisation du site http://www.phdn.org/index.html. Certains camps de concentration et d’extermination peuvent aujourd’hui être visités et des documents filmés et photographiés existent concernant la Shoah. De plus, la disparition de millions de personnes et de communautés entières ne peut être niée.

Si les Juif.ve.s ont été durablement traumatisé.e.s par ces faits, le projet politique sioniste date de bien avant, s’inscrit dans la lignée des mouvements nationalistes européens du 19e siècle et a donné naissance aux organisations qui ont menées la guerre contre le colonialisme britannique jusqu’à la création de l’État d’Israël en 1948. À cette époque, la Shoah était encore mal connue et ce n’est qu’à la faveur des procés des criminels nazis après les années 1960 que cette mémoire a pu ressurgir. Bien après la naissance de l’État d’Israël et son affirmation comme puissance régionale.

 

Il est interessant de constater que proposer une réponse à cinq questions suffit à couvrir une part importante des clichés antisémites classiques… Preuve, si besoin était, de la pauvreté imaginative des antisémites et preuve également du fait que l’antisémitisme n’a pas tellement changé. On retrouve toujours derrière les mêmes ressorts autour du mythe raciste d’un « peuple » par essence cupide, vénal, assoifé de sang et déicide…

Les réponses proposées ici sont des propositions, elles peuvent aider à trouver des arguments dans des discussions à ceux et celles, Jui.fs.ves ou non, qui se retrouvent face à l’un ou plusieurs de ces clichés classiques.

(https://juivesetjuifsrevolutionnaires.wordpress.com/2016/02/25/comment-repondre-a-des-theories-antisemites/)

CONTRE L’ANTISÉMITISME, LA POLITIQUE DU PIR(E) ?

 

Notre groupe s’est créé en raison d’un manque de prise en compte de l’antisémitisme dans le milieu révolutionnaire. Celui-ci a été particulièrement flagrant lors des attaques meurtrières ayant visées des Juifs et Juives de France ces dernières années, suite auxquelles une majorité de nos organisations sont restées silencieuses, ne considérant manifestement pas ces attaques comme ce qu’elles sont : des meurtres racistes. Ce constat nous a amené à nous interroger sur l’auto-défense des minorités nationales et à nous organiser pour lutter par nous-même contre le racisme. Particulièrement vigilants à l’égard des thèses qui peuvent circuler dans notre milieu politique, nous ne pouvons rester sans réaction face au texte de l’allocution d’Houria Bouteldja du 3 mars 2015 consacré au racisme et au « philosémitisme d’État ».

Une fois l’introduction passée, affirmant que l’antiracisme en France est structuré par la Shoah, ce qui est au moins incomplet (en ce qui concerne l’Éducation Nationale cela peut être le cas, mais la récupération de la Marche pour l’Égalité par SOS Racisme nous semble également un moment majeur de la création d’un antiracisme « institutionnel »), Houria Bouteldja en vient au cœur du sujet : la situation des Juifs et Juives de France. Le commencement du texte est extrêmement juste, évoquant trois « lapsus» étatiques révélant une différenciation de la population juive permettant de structurer en creux la création d’une identité majoritaire blanche, européenne, et chrétienne. Est affirmé ensuite, également avec justesse, que la réaction de l’État suite aux attaques de janvier a été de mener l’offensive contre les Musulman-e-s (nous parlons de « Musulman-e-s » avec une majuscule, car il s’agit de tous ceux qui, sans être forcément religieusement musulman-e-s, sont renvoyés à cette identité ou se définissent comme tels), ceux-ci faisant depuis des années office de bouc émissaire. Continuant sur sa lancée, Houria Bouteldja dénonce le manque de clarté de la gauche face au racisme. Celle-ci rencontre en effet des difficultés à le considérer comme structurel à la société française, ce qui l’amène à une fausse contradiction entre lutte contre l’islamophobie et lutte contre l’antisémitisme.

Jusque-là, nous ne pouvons qu’être plutôt en accord avec Houria Bouteldja, mais les choses se gâtent rapidement. D’abord, contredisant le constat fait plus haut que l’antisémitisme comme l’islamophobie sont nécessaires à la définition d’une identité majoritaire, elle refuse toute « fausse symétrie » qui consisterait à se positionner à la fois contre l’un et contre l’autre. Pourtant, si l’on part de ce constat, le moyen le plus évident de combattre le racisme serait de briser cette fonction sociale, et cela ne peut être fait du point d’une seule minorité (auquel cas on est dans la demande d’intégration) mais dans la coordination des différents fronts antiracistes.

Ayant démontré que l’antisémitisme était structurel, Houria Bouteldja change brutalement son fusil d’épaule. En effet, l’antisémitisme ne viendrait pas de l’État. Dans un autre registre, l’exemple du sexisme nous prouve pourtant que la multiplication de discours étatiques, médiatiques, ou politiques pour condamner une discrimination n’équivaut pas à une lutte réelle et efficace contre celle-ci, et encore moins à sa disparation.

Pas plus que de l’État, l’antisémitisme selon Houria Bouteldja ne vient que marginalement de la majorité nationale ou de l’extrême droite « classique » (pour notre part, nous considérons que cet antisémitisme est loin d’être marginal, surtout au regard des explications développées plus haut), mais surtout des Musulman-e-s, considérés de manière homogène. On est ici dans le calque d’un discours nationaliste classique, c’est-à-dire niant toute contradiction de classe ou idéologique au profit d’une unité nationale fantasmée (paradoxalement, Houria Bouteldja est ici bien plus proche du nationalisme sioniste qu’elle ne veut bien l’admettre). Mais justement, homogènes, ceux-ci ne le sont pas.

De même que la société dans son ensemble, les minorités ont une histoire et sont traversées de contradictions sociales, de classe et idéologiques. L’antisémitisme qu’on peut trouver chez les Musulman-e-s est à la fois la reproduction plus ou moins fidèle de celui (soi-disant marginal) qu’on trouve dans la majorité nationale dont le côté pseudo anti-système facilite l’implantation au sein du prolétariat ; le produit d’une frange des Musulman-e-s qui le diffuse pour apporter du soutien extérieur à des régimes et groupes réactionnaires d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient (dont elle est dépendante) ; et l’héritage d’une politique menée par la France à l’époque coloniale visant à diviser les populations du Maghreb entre Musulman-e-s et Juif-ve-s. Face à elle, d’autres groupes sociaux existent et mènent un combat idéologique, que ce soit la « beurgeoisie » en voie d’intégration institutionnelle, les travailleurs Musulman-e-s qui s’organisent dans les syndicats, etc.

Il en est de même au sein de la minorité nationale juive. L’islamophobie et le racisme anti-arabe qu’on peut y trouver est à la fois la reproduction plus ou moins fidèle de celui qu’on trouve dans la majorité nationale ; le produit d’une frange des Juif-ve-s qui le diffuse pour apporter un soutien extérieur au colonialisme israélien ; et l’héritage d’une politique menée par la France à l’époque coloniale visant à diviser les populations du Maghreb entre Musulman-e-s et Juif-ve-s. Face à elle, d’autres groupes sociaux existent et mènent un combat idéologique, que ce soit la bourgeoisie juive républicaine légitimiste, les travailleurs et travailleuses Juif-ve-s qui s’organisent dans les syndicats, etc.

Une fois posé ce point, la suite du discours d’Houria Bouteldja s’effondre d’elle-même. Refusant de voir cette histoire et ces contradictions, elle en déduit que l’antisémitisme serait une conséquence du système raciste à l’encontre des Musulman-e-s (seule explication restante si on nie les contradictions internes à cette minorité sans tomber dans une explication raciste-culturaliste). Et explique que si cette réaction vise la minorité juive spécifiquement, c’est en raison d’un traitement préférentiel que l’État accorderait aux Juif-ve-s. Suivant jusqu’au bout cette logique faussée, la meilleure manière de lutter contre l’antisémitisme serait de lutter contre ce traitement (appelée ici « philosémitisme », on n’est pas loin du « privilège juif »), notamment contre la « religion civile » (ici aussi, on est n’est pas loin de la « pornographie mémorielle » ou du « Shoah business ») que serait la Shoah.

Pour notre part, nous ne pensons pas qu’on lutte contre le racisme en s’attaquant aux victimes de celui-ci. Juifs et Juives révolutionnaires, nous entendons mener le combat sur plusieurs fronts :
– Contre l’antisémitisme, d’où qu’il vienne
– Contre tous les racismes, aux côtés des autres minorités nationales, seul moyen de déconstruire e système raciste
– Contre les idéologies réactionnaires au sein de notre groupe national

http://www.fichier-pdf.fr/2015/03/15/la-politique-du-pir-e-1/la-politique-du-pir-e.pdf

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