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Pensée radicale

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Une pensée radicale est une pensée allant jusqu'aux racines des problèmes afin de résoudre ceux-ci


LE CAPITALOCÈNE. LA DYNAMIQUE HISTORIQUE DU « CAPITALISME FOSSILE » - A. CAMPAGNE

Publié par A. Paris sur 3 Février 2016, 16:44pm

Catégories : #Histoire, #Économie, #Écologie-Agriculture

LE CAPITALOCÈNE. LA DYNAMIQUE HISTORIQUE DU « CAPITALISME FOSSILE » - A. CAMPAGNE

(http://pds.hypotheses.org/2385)

Dans une dynamique de critique du concept d’Anthropocène et son « grand récit » anhistorique (crise environnementale actuelle découlant de la domestication du feu[i]), indifférencié (avec comme acteur l’ « Anthropos » et sa « nature humaine ») et issu d’un partisan de la géo-ingénierie (Paul Crutzen)[ii], des contre-récits marxiens de l’Anthropocène comme Capitalocène ont émergé récemment[iii]. Je me concentrerais sur celui d’Andreas Malm, fondateur du concept de Capitalocène (dynamique du capitalisme et non l’Anthropos comme responsable de l’augmentation de concentration du CO2 dans l’atmosphère – même s’il ne faudrait pas éluder d’autres destructions environnementales inédites se rattachant également au Capitalocène : pollutions gigantesques, érosion exponentielle des sols[iv], déforestation massive, crise de la biodiversité...) et auteur d’une contre-histoire du basculement vers l’énergie fossile de l’industrie (textile) britannique dans Fossil Capital. The Rise of Steam-Power and the Roots of Global Warming. Nous aurions pu également choisir d’aborder cette contre-histoire marxienne du Capitalocène au moyen des travaux de Jason Moore résumés dans Capitalism in the Web of Life. Ecology and the Accumulation of Capital, mais l’ouvrage de Malm présentait l’avantage d’offrir un prisme particulièrement capital, celui du « capitalisme fossile » responsable du dérèglement climatique (considéré comme marque de fabrique de l’Anthropocène, même si cette focalisation n’est pas exempte de critique), de pollutions inédites en quantité comme en qualité et de presque l’ensemble des atteintes environnementales actuelles. Son ouvrage présente également l’avantage d’inclure des considérations théoriques marxiennes rigoureuses (avec son concept de « capitalisme fossile », auquel il consacre un chapitre exclusivement théorique), et on pourra donc aisément l’hybrider avec l’armature analytique de la critique de la valeur[v] – tout en historicisant et en matérialisant son approche essentiellement au niveau « logique » de la dynamique du capitalisme. On se centrera donc autour d’une généalogie historique, matériellement incarnée, du « capitalisme fossile », d’un capitalisme « historique » et non plus seulement « logique », tout en montrant en quoi ce « capitalisme fossile » représente une « matérialisation adéquate » du capitalisme pour paraphraser Postone[vi]. L’approche présentée ici essayera ainsi d’allier une conceptualisation marxienne rigoureuse du capitalisme (archétypiquement celle de la critique de la valeur) et une histoire rematérialisée et incarnée, telle qu’esquissée dans L’événement Anthropocène et son chapitre « Capitalocène »[vii].

La logique historiquement incarnée du Capitalocène comme « capitalisme fossile » n’a pas émergée ex nihilo au début du 19ème siècle, rappelle Jason Moore dans Capitalism in the Web of Life. En effet, comme l’a montré Malm, un résultat direct de la dynamique d’émergence du capitalisme, en Angleterre [Wood[viii], Brenner[ix], Žmolek[x], Dimmock[xi]] au cours du « Long 16ème siècle » (1450-1640) ; un résultat direct de sa logique de dépossession foncière [Harvey[xii], Marx[xiii]] et sa corolaire concentration urbaine des dépossédés (chassés des campagnes) fut l’explosion de l’extraction minière du charbon, d’une part pour chauffer une concentration urbaine socio-historiquement inédite et constituant un Marché gigantesque [Wood], et d’autre part pour alimenter une proto-industrialisation ferrière, extraction elle-même rendue possible par une dépossession des possesseurs de terrains miniers. Cette dynamique d’ « accumulation par dépossession » (Harvey), d’extraction et de combustion de charbon n’est cependant rattachable au Capitalocène comme « dérèglement climatique » que rétrospectivement, non-nécessairement et en raison d’une dynamique capitaliste ultérieure (pas de bifurcation sociale), puisque cette consommation de charbon n’était liée qu’aux seules consommations domestique et de l’industrie ferrière, et non aux machines-vapeur – et d’ailleurs l’augmentation (faible) des émissions de CO2 demeure principalement lié aux dynamiques capitalistes de déforestation jusqu’au 19ème siècle[xiv].

L’émergence d’un véritable « capitalisme fossile », du dérèglement climatique et de pollutions industrielles de grande ampleur ne date en effet que du deuxième tiers du 19ème siècle (avec une dynamique s’enclenchant dès c. 1780-90). L’industrie textile étant considérée dans l’historiographie quasi-unanimement comme « fer de lance » de l’industrialisation capitaliste britannique, Malm se focalise sur elle dans Fossil Capital – même si, comme l’affirment Jean-Baptiste Fressoz, Christophe Bonneuil et Jason Moore, cette industrialisation britannique doit être replacée dans un « système-monde » capitaliste (matière première de l’industrie textile anglaise provenant du Sud esclavagiste des États-Unis p.e.). Le basculement d’une majorité de l’industrie textile des machines hydrauliques (non-émettrices de CO2 et non polluantes) vers l’énergie fossile au cours des années 1830 n’est pas, explique Malm, une « transition naturelle », due à une « pénurie énergétique » ayant limité « l’horizon de toute société » [Pomeranz[xv], Wrigley[xvi]], à une supériorité technologique des machines-vapeur ou même un moindre coût dans l’absolu (eau gratuite, charbon issu du travail-marchandise). Malm déboute en bon historien ces explications naturalisantes issues du « paradigme Malthusien-Ricardien » (Wrigley, Pomeranz), en rappelant que l’énergie hydraulique était encore disponible en abondance [Gordon[xvii]], que la puissance (en chevaux-vapeur) des moteurs hydrauliques était supérieure à celle des machines-vapeur, et que l’énergie hydraulique était très rentable – même plus que l’énergie fossile – jusqu’aux années 1820 (forts taux de profit des frères Arkwright). Le « décollage » de l’industrie phare du capitalisme britannique a ainsi été, des années 1780 aux années 1820, principalement alimenté par l’énergie hydraulique, et n’a basculé majoritairement vers l’énergie fossile qu’un demi-siècle après l’invention de Watt, dont on date pourtant l’entrée dans l’Anthropocène – comme si une invention était automatiquement adoptée massivement. [Et même si on remarquera que c’est au sein du capitalisme anglais que l’invention des différents modèles de machines-vapeur (celle de Savery, de Newcomen, puis de Watt) s’est effectuée].

Le basculement dans l’Anthropocène comme Capitalocène au cours des années 1830 s’opère plutôt pour des raisons éminemment capitalistiques. Le contexte, déterminant, est celui d’une crise de surproduction capitaliste (1825) – phénoménalement, une insuffisance structurelle d’achat de marchandises, plus profondément, une première manifestation de l’auto-contradiction du capitalisme – d’une part et d’une agitation massive des travailleurs d’autre part. Cette dernière, d’abord, entraîne l’affaiblissement relatif des industries utilisant l’énergie hydraulique, celles-ci étant situées dans des colonies en rase campagne (où il y a un flux hydraulique suffisant) et ne disposant donc ni d’une « armée de réserve » de travailleurs pour remplacer leurs travailleurs en cas de grève, ni de forces de répression gratuites et suffisantes pour y faire face, d’où un renchérissement des coûts et une moindre profitabilité. La capacité des machines-vapeur d’être placées n’importe où, de s’abstraire spatialement (dissociation entre source de l’énergie – mines de charbon – et lieu de son utilisation), i.e. d’être placées dans des centres urbains dotés d’une importante armée de réserve disciplinée et de forces de répression étatiques, se révèle alors capitale. Et ce, d’autant plus que cette lutte aboutit en 1833 à un Factory Act imposant des limitations du temps de travail et une interdiction du travail de nuit. Le capital ne s’en tire guère mal, de manière général, mais en période de crise de surproduction, cette législation s’avère catastrophique du côté du « capitalisme hydraulique » : elle empêche de compenser des journées de flux insuffisant par des journées de 16-18 heures ou du travail de nuit, mettant ainsi fin au stade de « survaleur absolue » (survaleur au moyen d’une durée longue du (sur)travail). L’énergie hydraulique acquiert alors un autre désavantage compétitif liée à sa temporalité concrète [Thompson[xviii]], celui de ne plus pouvoir compenser sa dépendance à une énergie dont elle ne maîtrise ni le flux, ni même la puissance ; alors que l’énergie fossile – qui possède une temporalité abstraite [Postone], abstraite des déterminations non-humaines, d’une dépendance envers un flux naturel – permet de mettre en mouvement l’industrie quand le capital veut, pour autant de temps qu’il veut et – surtout – à la puissance qu’il veut, augmentant le rythme de la machine-vapeur et par-là du travail pour accroître la productivité du travail et ainsi compenser et même dépasser le volume de production d’avant 1833, inaugurant ainsi l’émergence du capitalisme au stade de « survaleur relative » (survaleur au moyen de l’intensification du travail). L’énergie hydraulique aurait pourtant pu s’en sortir aux moyens d’immenses réservoirs capitalisant le flux hydraulique et relâchant celui-ci aux moments voulus et à la puissance voulue : mais ces immenses réservoirs impliquaient une gestion commune des flux et des investissements collectifs, impensables en raison du caractère concurrentiel du capitalisme – surtout en période de crise.

La machine-vapeur, au final, est matériellement adéquate au capitalisme au stade de « survaleur relative » (limitation de la durée du travail compensée par une augmentation du rythme et donc de la productivité du travail), alors que l’énergie hydraulique était davantage adaptée au capitalisme au stade de « survaleur absolue ». La machine-vapeur, de plus, offre une forme supérieure de subsomption, de subordination du travail au capital, elle va de pair avec un passage de la « subsomption formelle » (contrôle « formel » des travailleurs sur leur procès de travail) à la « subsomption réelle » (contrôle « réel » du procès de travail par le capital via sa machinerie), p.e. du « hand loom » (tissage manuel) au « power loom » (tissage quasi-automatique) qui déposséda de leur relatif « pouvoir » les tisserands anglais. D’où l’importance après 1825 de la « steam ideology » bourgeoise [Malm] (canonisation de James Watt, poèmes apologétiques...), puisque c’est la machine-vapeur qui a permis au capitalisme britannique de sortir de sa crise de surproduction et au capital d’être en position de force en passant au stade de survaleur relative (plus forte productivité du travail, donc moindre coûts salariaux, donc survaleur retrouvée) et de subsomption réelle (plus forte subordination des travailleurs) ; et d’où, réciproquement, une « steam demonology » du côté des travailleurs, se manifestant archétypiquement par des interruptions massives des machines-vapeur lors de la grève générale de 1842. Au final, les capitalistes utilisant des moteurs hydrauliques, incapables de s’entendre en raison du caractère structurellement concurrentiel du capitalisme, inadaptés au stade de subsomption réelle et de survaleur relative, firent faillite, ou changèrent (plus ou moins progressivement) de modèle énergétique : nous sommes ainsi sortis de l’énergie hydraulique pour des raisons essentiellement capitalistiques.

Le « capitalisme fossile », en outre, ne se restreignit évidemment pas au seul « fer de lance » de l’industrialisation britannique, à l’Angleterre et au charbon : il s’implanta massivement au sein des autres industries et moyens de transport des travailleurs et des marchandises (d’où l’actuelle dépendance quasi-universelle à l’énergie fossile), s’appuyant de plus en plus sur d’autres énergies fossiles que celle du charbon – pétrole[xix] et gaz –, incorporant de plus en plus d’espaces et formant ainsi un « système-monde » du capitalisme fossile en évolution et en expansion perpétuelle. Le passage au « capitalisme fossile », capitalisme au stade de subsomption réelle et de survaleur relative, marque ainsi l’entrée dans « l’Anthropocène » et dans notre « phase » actuelle du capitalisme, ce qui signifie que l’ensemble des analyses de la critique de la valeur au sujet de la crise du capitalisme [Ortlieb[xx], Kurz[xxi], Lohoff et Trenkle[xxii]] s’insèrent dans un « capitalisme fossile » - et cela à des conséquences environnementales très importantes.

C’est dès lors à une structuration historique « fossile » du capitalisme, à un Capitalocène fossile que nous avons affaire, un capitalisme non plus seulement comme « sujet-automate[xxiii] » appréhendé « logiquement » mais matériellement incarné comme « capitalisme fossile » (Malm), i.e. comme capitalisme alimenté en énergie fossile, laquelle est « matériellement adéquate » (Postone) au capitalisme. Si, avec Postone[xxiv], on peut dire du capitalisme techno-industriel qu’il est une « matérialisation adéquate » du capitalisme au stade de survaleur relative et de subsomption réelle, c’est-à-dire en son stade suprême ; on peut dire avec Malm du capitalisme fossile qu’il est une matérialisation adéquate du capitalisme techno-industriel en son « stade suprême ». Et ce, même s’il est en même temps vrai que d’autres énergies sont plus ou moins « matériellement adéquates » au capitalisme : s’agissant du nucléaire, elle est théoriquement « matériellement adéquate » au capitalisme (comme source d’énergie présentée comme potentiellement infinie, et également spatio-temporellement abstraite, et possédant en plus un intérêt militaire énorme), mais concrètement moins « matériellement adéquate » en raison de ses coûts énormes, de ses risques d’accidents et de ses déchets – et on pourrait d’ailleurs aussi parler d’un Capitalocène nucléaire, puisqu’on retrouve également des traces des explosions nucléaires au sein des calottes glaciaires et que ses effets écologiques sont historiquement inédits.

La structuration « fossile » du capitalisme entraîne logiquement une impossibilité d’opérer une sortie des énergies fossiles au sein du capitalisme, en suivant Malm et la critique de la valeur. À un niveau général, l’actuelle crise structurelle du capitalisme pousse à une intensification technologique encore plus poussée du procès de production (dans l’optique d’une réduction des coûts salariaux et d’une augmentation des (sur)capacités productives), d’une part ; et à une surproduction-surexploitation encore plus massive (pour vendre chaque marchandise unitaire à un moindre prix) d’autre part, dynamique entraînant une accentuation de la crise environnementale (constat d’une augmentation plus que linéaire des émissions de CO2 depuis 1990, et des pollutions, et des déforestations de forêts primaires, etc.). Plus spécifiquement, Andreas Malm discute dans son ouvrage de quatre tendances : d’abord, celle du capital de se déplacer vers des espaces de « cheap labor » [Moore[xxv]] mais dotés d’une infrastructure relativement développée (et en l’occurrence inefficace énergétiquement et extrêmement polluante, comme en Chine), et donc l’expansion structurelle des émissions malgré une amélioration de l’efficacité énergétique des centres capitalistes occidentaux (réfutant ainsi l’idée d’une courbe de Kuznets environnementale) ; ensuite, celle d’un maintien de l’hégémonie du « capital fossile » et, plus généralement, du « capitalisme fossile » (ensemble de la technostructure capitaliste alimentée en énergie fossile) liée non seulement à des subventions plus importantes mais, plus structurellement, à une profitabilité plus importante du secteur « fossile » par rapport aux autres secteurs, conduisant des entreprises comme Shell et comme BP à se retirer des énergies renouvelables quelques années seulement après y avoir investi massivement en raison non seulement d’une concurrence entre énergie fossile et énergie renouvelable, mais plus encore en raison d’une profitabilité quasi-nulle des énergies renouvelables ; de plus, Malm rappelle qu’il y a eu des investissements massifs dans de nouveaux gisements d’énergie fossile (gaz et pétrole de schiste, plateformes, etc.) ces dernières années ; enfin, on a même assisté à une crise de surproduction au sein du secteur des panneaux solaires et des éoliennes, avec une quasi-faillite des entreprises productrices.

La « décarbonisation » du capitalisme serait donc, au final, anticapitaliste, puisqu’elle conduirait à une négation de la logique de déplacement du capital vers des espaces de « cheap labor » dotée d’une infrastructure suffisante et très polluante ; à une disparition des compagnies pétrolières et des secteurs capitalistes dépendants de l’énergie fossile (pétrochimie, agriculture pétro-industrielle, transports, complexe militaro-industriel, etc.), c’est-à-dire l’essentiel du capitalisme actuel ; à un sabordement d’investissements lourds (et récents, pour une partie) et rentables (quoique de moins en moins) ; et à une transition vers des énergies manifestement non-profitables. La « décarbonisation » du capitalisme paraît donc structurellement impossible en raison même de sa structuration historique comme « capitalisme fossile », elle-même liée au caractère « matériellement adéquat » au capitalisme des énergies fossiles ; et, contrairement à ce qu’écrit Andreas Malm, une intervention massive de l’État n’y changerait rien, puisque l’État ne dispose pas des capacités de paiement nécessaires à une transition énergétique, et surtout cela reviendrait à se saborder puisqu’il est lui-même dépendant de l’accumulation du capital fossile ou dépendant de l’énergie fossile (Équateur – Yatsuni comme exemple archétypique). Le capitalisme ne peut donc basculer majoritairement vers des énergies renouvelables, du moins avant une crise totale du « capitalisme fossile » (liée à une explosion des coûts d’extraction), c’est-à-dire lorsqu’il sera trop tard. Il pourrait éventuellement basculer partiellement vers des énergies renouvelables ou nucléaires, ce qui non seulement serait insuffisant pour enrayer l’actuel dérèglement climatique (et tutti quanti), mais en plus entraînerait d’autres problèmes intrinsèques à ces énergies matériellement structurées de manière capitaliste : problèmes déjà évoqués du nucléaire, dépendance vis-à-vis de terres rares polluantes, cancérigènes et en Chine, sans parler des « biocarburants » en concurrence avec l’alimentation, et de toute façon dépendants de l’agriculture pétro-industrielle... Le capitalisme, cependant, optera plus probablement pour une ultime fuite en avant techno-capitaliste comme pseudo-solution au seul réchauffement climatique, celle de la manipulation climatique ou « géo-ingénierie », aux origines militaires et aux conséquences désastreuses : stabilisation provisoire de la seule température au prix de pollutions massives, d’effets climatiques incontrôlés et d’un désastre ultérieur[xxvi].

Après ce survol de l’histoire du « capitalisme fossile », on peut provisoirement conclure que c’est la dynamique du capitalisme qui conduisit au début du 19ème siècle à l’entrée dans l’Anthropocène comme Capitalocène, puisque c’est de l’expansion du capitalisme fossile que résulte non seulement une explosion des émissions de CO2, mais également une pétro-industrialisation agricole source d’une érosion exponentielle [Moore], une déforestation pétro-alimentée des forêts primaires, des pollutions industrielles et de transport pétro-alimentées, etc.

Enfin, en guise d’ouverture méthodologique, on pourra objecter qu’il s’agit-là d’un nouveau « grand récit » ; mais soyons conscients qu’en refusant de construire des récits critiques de l’Anthropocène, on permet au grand récit anhistorique, indifférencié et issu des sciences « extra-sociales » de se maintenir – puisqu’il y a toujours un « grand récit » en-deçà des « micro-récits » postmodernes, et mieux vaut un contre-récit socio-historiquement spécifique, pluriel et non-dogmatique [critiques de Moore du récit de Malm, contres-récits de Moore].

 

A. Campagne

 

[i] Mark Lynas, The God Species: How the Planet Can Survive the Age of Humans, London, Fourth Estate, 2011.

[ii] Crutzen, P. J. (2002): ‘Geology of Mankind’, Nature, 415: 23 ; Crutzen, Paul J. et Steffen, Will (2003): ‘How Long Have We Been in the Anthropocene Era ?’, Climatic Change, 61, pp. 251–257 ; Steffen, Will, Paul J. Crutzen et John R. McNeill (2007): ‘The Anthropocene: Are Humans Now Overwhelming the Great Forces of Nature?’, Ambio, 36, pp. 614–621 ; Steffen, Will, Jacques Grinevald, Paul Crutzen et John McNeill (2011a): ‘The Anthropocene: Conceptual and Historical Perspectives’, Philosophical Transactions of the Royal Society, 369, pp. 842–867.

[iii] Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, L’événement anthropocène. La Terre, l’histoire et nous, Paris, Seuil, 2013 ; Andreas Malm et Alf Hornborg, "The geology of mankind ? A critique of the Anthropocene narrative", The Anthropocene Review, 2014 ; Andreas Malm, Fossil Capital: The Rise of Steam-Power and the Roots of Global Warming, Verso, London, 2015 ; Jason Moore, Capitalism in the Web of Life: Ecology and the Accumulation of Capital, Verso, New York, 2015. Les travaux de Bellamy Foster et de Clark sont dans une perspective distincte, mais relativement proche : John Bellamy Foster, Brett Clark et Richard York, The Ecological Rift. Capitalism’s War on the Earth, New York, Monthly Review Press, 2010 ; John Bellamy Foster, Marx écologiste, Paris, Editions Amsterdam, 2011.

[iv] Daniel Nahon, L’épuisement de la Terre, Paris, Odile Jacob, 2008.

[v] Anselm Jappe, Les aventures de la marchandise. Pour une nouvelle critique de la valeur, Paris, Denoël, 2003.

[vi] Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale, Mille et une nuits, 2009 [1993].

[vii] Bonneuil et Fressoz, L’événement anthropocène, op. cit.

[viii] Ellen Meiksins Wood, The Pristine Culture of Capitalism : A Historical Essay on Old Regimes and Modern States, Verso, London/New York, 1991 ; Ellen Meiksins Wood, L’origine du capitalisme, Lux, Québec, 2009.

[ix] Robert Brenner, « The Agrarian Roots of European Capitalism », Past & Present, N°97 (Nov., 1982).

[x] Andrew Žmolek, Rethinking the Industrial Revolution. Five Centuries of Transition from Agrarian to Industrial Capitalism in England, Brill, 2013.

[xi] Spencer Dimmock, The Origin of Capitalism in England, 1400–1600, Brill, 2014.

[xii] David Harvey, Le Nouvel Impérialisme, Paris, Les prairies ordinaires, 2010.

[xiii] Karl Marx, Le Capital, Livre 1. Le procès de production capitaliste, PUF, Paris, 1983.

[xiv] Bonneuil et Fressoz, L’évènement Anthropocène, op. cit.

[xv] Kenneth Pomeranz, Une grande divergence. La Chine, l’Europe et la construction de l’économie mondiale, Paris, Albin Michel, 2010.

[xvi] E. A. Wrigley, Energy and the English Industrial Revolution, Cambridge: Cambridge University Press, 2010.

[xvii] Robert B. Gordon (1983), ‘Cost and Use of Water Power during Industrialization in New England and Great Britain: A Geological Interpretation’, The Economic History Review, 36, pp. 240–59.

[xviii] Edward Palmer Thompson, Temps, discipline du travail et capitalisme industriel, Paris, La Fabrique, 2005.

[xix] Timothy Mitchell, Carbon Democracy: Political Power in the Age of Oil, London, Verso, 2011.

[xx] Claus Peter Ortlieb, « Ein Widerspruch von Stoff und Form. Zur Bedeutung der Produktion des relativen Mehrwerts für die finale Krisendynamik », Exit !, n° 6, 2008 [« Une contradiction entre matière et forme », traduit en anglais « A Contradiction between Matter and Form: On the Significance of the Production of Relative Surplus Value in the Dynamic of Terminal Crisis » dans Marxism and the Critique of Value, MCM’, Chicago, 2014]

[xxi] Robert Kurz, Vies et mort du capitalisme, Paris, Nouvelles éditions Lignes, 2011.

[xxii] Ernst Lohoff et Norbert Trenkle, La Grande Dévalorisation, Post-éditions, Paris, 2014.

[xxiii] Karl Marx, Le Capital, op. cit.

[xxiv] Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale, op. cit.

[xxv] Jason Moore, Capitalism in the Web of Life, op. cit.

[xxvi] Clive Hamilton, Les apprentis sorciers du climat, Paris, Seuil, 2013 ; James Rodger Fleming, Fixing the Sky. The checkered history of weather and climate control, Columbia University Press, New York, 2010.

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