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Pensée radicale

Pensée radicale

Une pensée radicale est une pensée allant jusqu'aux racines des problèmes afin de résoudre ceux-ci


RÉFLEXIONS AU SUJET DES ATTENTATS DE PARIS – A. AÏT MOUSSA

Publié par A. Aït Moussa sur 16 Novembre 2015, 20:05pm

Catégories : #Actualités

Encore une fois « l’idée nous est insupportable ! Plus que cela sans doute ! La situation est inhumaine, indicible. La Barbarie est à notre porte ou, pire, déjà là[1]. » L’émotion nous envahit, la souffrance pèse sur la conscience, rendant la situation encore moins compréhensible. Les mots semblent superflus, car plus que les chiffres, c’est encore la manière qui rend impossible l’idée de se réconcilier avec le monde. Alors le silence s’impose, il s’impose là où tout semble irréel. Et pourtant, les faits sont là et il est absolument nécessaire de résister face à l’indicible car « c’est là où la pensée est au-delà de ce à quoi elle se relie en y résistant, que réside sa liberté. Elle obéit au désir d’expression du sujet. Le besoin de faire s’exprimer la souffrance est condition de toute vérité. Car la souffrance est une objectivité qui pèse sur le sujet ; ce qu’il éprouve comme ce qui lui est le plus subjectif, son expression, est médiatisé objectivement.[2] » Ces quelques lignes ont donc pour objectif de partager ce qui est vécu de la manière la plus subjective, de partager ce qu’il y a d’humain dans l’homme, afin de rendre ce monde plus humain, et ne pas se retrouver dans un monde sans hommes.

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Ce vendredi 13 Novembre 2015, ce ne sont pas des monstres qui ont commis des actes inhumains, mais des hommes qui ont commis des actes monstrueux. Ce serait donc « non de misérables êtres humains, mais les circonstances qui en font des êtres misérables »[3].

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Lorsque le « pseudo-muslim » déclare, Kalachnikov à la main, « Allahou Akbar ! », avec un accent qui le rendrait ridicule dans n’importe quel pays de langue arabe, il ne se soumet pas véritablement au dieu auquel il prétend. Ce n’est pas en « Allah » qu’il confie aveuglement son destin, mais au dieu sous sa forme capitaliste, au système social tout entier, naturalisé, fétichisé, qui s’annonce à lui comme une objectivité, dont il reconnait la légitimité et donc sa place dans celui-ci en retour.

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Ces bombes-humaines sont donc le produit d’ « un monstre froid, un monstre qui s’enracine dans toutes les régions de notre planète, au sein de toutes les cultures : il s’agit de la compétition, une compétition névrotique, aliénante et obsessionnelle, pathologique, mortifère. Une compétition qui met tous les individus, toutes les institutions, économiques, politiques, culturelles ou religieuses dans l’obligation de s’engager dans la logique de la comparaison, de la sélection, de l’élimination[4].

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La bombe-humaine est la cristallisation du projet d’une société capitaliste nécrophobe tout en étant mortifère : rendre la mort utile à une fin, alors même qu’elle était niée sur le marché car échappant à toute possibilité de réification, de marchandisation. La bombe-humaine est cet enfant de la « Totale Krieg de l’homme contre l’Homme. »[5] Enfant, qui doit détruire de manière industrielle et « susciter « spectaculairement » des effets de masse dans un monde surmédiatisé »[6].

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Une crise du sujet, de l’individu, est conditionnée par une crise de la totalité sociétale, des institutions, visions du monde, qui permettent à la pluralité des individus de s’exprimer tels des individus. Le terroriste est la forme la plus aboutie du sujet moderne, du sujet capitaliste qui subit l’autorépression de la vie. Dominé par les abstractions réelles capitalistes, faisant de l’activité de penser, de juger, des activités superflues, il traverse la vie tel un somnambule, tout en s’automutilant pour faire face aux impératifs d’une société mortifère. Jusqu’au moment où il se sent superflu vis-à-vis de celle-ci. A partir de là, de somnambule, il devient un mort-vivant désirant redistribuer la mort autour de lui et trouvant dans une idéologie construite sur mesure, une coloration qu’il voudra justifier dans le concret.

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La masse était l’élément fondamental, sans lequel le totalitarisme nazi ne pouvait s’imposer. La masse atomisée est l’élément sans lequel Daesh&co ne peut exister. Le véritable terreau de l’extrémisme n’est pas le « quartier sensible », la « banlieue » ou autre, mais la masse atomisée qui offre des hommes vivants une désolation extrême, un isolement permanent et une désaffiliation du monde des hommes.

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L’individu esseulé, isolé, désaffilié, devient une proie facile pour des loups affamés qui ne sont pas plus organisés qu’un groupe d’étudiants souhaitant organiser un événement. Les réseaux sociaux, la nébuleuse internet, permet à la société capitaliste de dominer l’espace afin de s’auto-reproduire. Mais en dominant les difficultés, elle créer dans le même temps les conditions de sa propre vulnérabilité.

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Avec Coca-Cola « Ouvre un Coca-Cola, ouvre du bonheur », avec UCAR « louer c’est rester libre », avec Eurosport« nourris ta passion », avec Renault Kadjar « Vivez plus fort ! », avec Go Sport « Vivons le sport ! », avec le PSG « Vivons plus grand ! » et avec Daesh&co ? « vivez le Paradis ! ». Dans le monde des idées, la pensée slogan est reine. Le mot y est image figée, image portant un certain capital symbolique. Le marketing, devenu maintenant marketing expérientiel l’a très bien compris. L’homme n’est plus considéré comme animal rational, ce qu’il faut maintenant qu’il est mis à nu, incapable de résister, c’est lui offrir du spectacle, des images qui provoquerons ces pseudo-émotions et donnerons un pseudo-sens nécessaire afin de pousser l’individu à l’acte d’achat, ou à l’acte suprême de consommation, à consommer la vie.

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Le marketeur porte à bout de bras la marchandise qui ne peut plus se vendre par elle-même. Il vient supporter la nécessaire accélération de la consommation en provoquant l'obsolescence sociale du produit. Pour cela, il va former un système d’idées autour de ces mêmes marchandises, système d’idée qui se cristallise dans « l’identité visuelle de la marque ». « La marque acquiert son stade ultime lorsqu’elle a sa propre philosophie ». Les qualités concrètes, l’utilité, a moins d’importance que l’imaginaire vendu autour du produit. Si le client traverse le monde sans en trouver du sens, alors on va s’adapter à lui et administrer, vendre de l’émotion, « parce que c’est comme ça que ça marche ! », d’ailleurs, le marketing ne fait qu’offrir un réenchantement du monde ! Dites-lui donc merci !

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Daesh&co offre également un réenchantement du monde via un marketing expérientiel tiré du monde de la marchandise. Il offre ces images non pas à des sujets vides, mais à des sujets qui ont besoin de vomir Thanatos. Le besoin d’expulser cette pulsion de mort pousse l’individu à se conformer à une coloration idéologique construite par les marketeurs de Daesh&co. La société capitaliste souhaitait rationaliser la pulsion de mort, la pousser à s’exprimer tout en y mettant des barrières au travers des règles de jeux, de lois ou du droit. Or la pulsion n’obéit à aucunes règles.

A. Aït Moussa.

[1] Patrick Vassort, Mais qui a voulu tuer Charlie, Lormont, Le Bord de l’eau, 2015, p. 5.

[2] Theodor W. Adorno, Dialectique négative, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2003, p. 29.

[3] Siegfried Kracauer, Les employés, aperçus de l’Allemagne nouvelle, Paris, Editions de la Maison des sciences de l’homme, 2004, p. 138.

[4] Patrick Vassort, Mais qui a voulu tuer Charlie, Lormont, Le Bord de l’eau, 2015.

[5] Gérard Rabinovitch, Terrorisme/Résistance : d’une confusion lexicale à l’époque des sociétés de masse, Lormont, Le Bord de l’eau p. 49.

[6] Gérard Rabinovitch, Terrorisme/Résistance : d’une confusion lexicale à l’époque des sociétés de masse, Lormont, Le Bord de l’eau, p. 50.

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