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Pensée radicale

Pensée radicale

Une pensée radicale est une pensée allant jusqu'aux racines des problèmes afin de résoudre ceux-ci


SPORT ET TOTALITARISME - AHMED AÏT MOUSSA

Publié par A. Aït Moussa sur 19 Juillet 2015, 09:16am

Catégories : #Actualités, #Société

SPORT ET TOTALITARISME - AHMED AÏT MOUSSA

Partant d'Adorno et Horkheimer et de l'idée que « seule l’exagération est vraie », il nous est impossible de décrire les liens entre l'institution sportive et les états totalitaires comme de simples exceptions de l'histoire, bien au contraire.

​Juin 1934, la coupe du monde de la FIFA se déroule au sein de l’Italie fasciste, une victoire plus tard et Mussolini peut asseoir son pouvoir. Avec les Jeux olympiques de 1936 en Allemagne (Eté/hiver), les nazis peuvent, entre autre, développer leur propagande autour du film de Leni Rifenstahl « Les dieux du stade », révélant la fascination de ces derniers pour le corps réifié, symbole d’une race « pure ». Le Japon, troisième pays de l’axe, devait lui se charger de développer les Jeux olympiques en 1940. Faut-il donc vraiment invoquer la contingence pour expliquer ces relations ?

En réalité, les institutions sportives (FIFA/CIO etc...) ont besoin de ces Etats, VRP du capital. Le VRP du capital à coloration totalitaire, autoritaire ou libérale a besoin des grandes messes sportives car effectivement, d'après notre "ami" Pierre de Coubertin, « ce fut le premier bienfait de l’olympisme de remplacer les petites chapelles par une grande église ». Finalement, pour faire taire tout soupçon, le mot d’ordre de tous les garants de l'expansion des institutions sportives est le suivant : « Le sport est apolitique ! »

Rebondissant sur le faste des J-O de Berlin, l’incontournable Pierre de Coubertin déclare : « Félicite hautement Mr Hitler, en qui il salue un des plus grands esprits constructeur de ce temps. »

En 2013, le N°2 de la FIFA Jérôme Valcke déclare : « Je vais dire quelque chose de fou, mais un moindre niveau de démocratie est parfois préférable pour organiser une Coupe du monde. Quand on a un homme fort à la tête d'un État qui peut décider, comme pourra peut-être le faire Poutine en 2018, c'est plus facile pour nous les organisateurs qu'avec un pays comme l'Allemagne où il faut négocier à plusieurs niveaux. »

Au nom du sacro-saint « apolitisme » sportif, Michel Platini, président de l’UEFA, rebondissant sur les manifestations ayant lieu juste avant l'ouverture de la coupe du monde de la FIFA au Brésil, déclare : «S’ils peuvent attendre au moins un mois avant de faire des éclats sociaux, ça serait bien pour l’ensemble du Brésil et la planète football. »

L’ex-président Sarkozy, apparemment bien conseillé dans sa démarche par Bouygues&Co, se ridiculise et déclare : « Nous, nous pensons en France que le sport c'est une réponse à la crise. C'est justement parce qu'il y a une crise, qu'il y a des problèmes, qu'il faut mobiliser tout un pays vers l'organisation de grands événements ».

A priori apolitique, il permet pourtant, en idéalisant les valeurs du travail, de la compétition et du rendement, d’accélérer la mobilisation des masses dans cette sphère séparée de la vie qu'est l’économie. Il est également cette vitamine P, vitamine piston, distribuée par l’état et permettant à Bouygues&Co de valoriser la valeur par la construction/rénovation de nouveaux stades au sein d’un capitalisme à l’agonie. Au travers des paroles du Dieu Platini, on voit plutôt dans le sport un moyen de distribuer cette fameuse dose de fausse conscience heureuse aux petits des favelas pendant que les « grands » s’occupent des affaires sérieuses, du « bizz ». Au travers des gouvernements capitalistes à coloration totalitaire ou autoritaire, on retrouve ce besoin d'utiliser les "valeurs" (mais quelles valeurs!?) du spectacle sportif, de sa dimension fascisante, ne serait-ce que pour flatter le narcissisme des masses. Après Hitler, Poutine en raffole (cf Jeux olympiques d'hiver à Sotchi, qui anticipent l'événement ukrainien).

Avec le sport, il est alors plus facile de comprendre pourquoi « dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux » (Debord). La fausse conscience heureuse émanant du spectacle sportif n’est pas étrangère à la véritable froideur et à l’aveuglement généralisé déployé par le capitalisme. Il permet sa justification et l’affirmation de cette non-identité (Adorno) menant au démembrement de la subjectivité et donc de sa conscience politique. Dans ce contexte, le sport n’est ni politique, ni apolitique, mais antidémocratique et antipolitique.

A. Aït Moussa

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Michel 20/07/2015 17:58

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