Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pensée radicale

Pensée radicale

Une pensée radicale est une pensée allant jusqu'aux racines des problèmes afin de résoudre ceux-ci


LA GUERRE MODERNE COMME ORIGINE DU CAPITALISME - ROBERT KURZ

Publié par A. Campagne sur 6 Novembre 2013, 10:59am

Catégories : #Histoire, #Économie

LA GUERRE MODERNE COMME ORIGINE DU CAPITALISME - ROBERT KURZ

Synthèse par Armel Campagne :

Critiquant l’idée que l’émergence de « l’économie de marché totalitaire moderne » serait issu d’un « « processus de civilisation » (Norbert Elias) et résulterait (…) d’une combinaison du doux commerce, de l’industrieux esprit bourgeois et d’un certain nombre d’audacieuses inventions et découvertes scientifiques permettant l’amélioration du bien-être des hommes. », Kurz pense que l’origine du capitalisme « à l’époque prémoderne » serait « de nature militaro-économique ». Déjà esquissée au début du 20ème siècle par Weber et Sombart (mais pas approfondies par ces deux militaristes), l’idée d’une contiguïté entre genèse du capitalisme et « économie politique des armes à feu » est ressurgie au cours des années 80, avec Canons et Peste de Karl Georg Zinn et La révolution militaire de Geoffrey Parker. Après une critique du matérialisme historique, Kurz que l’invention du canon et des armes à feu au 14ème siècle entraîna une « révolution militaire », provoquant un bouleversement social (obsolescence des chevaliers), une « première modernisation » et une véritable « course aux armements ». « Il devint vite évident (…) que l’invention des armes à feu ne se limiterait pas à un simple changement de technologie militaire. Les bouleversements qu’elle entraîna (…) se firent sentir (…) [jusque] au niveau des rapports sociaux. » D’une société sans structure militaire ou presque, avec un impact « superficiel », où chaque sujet avait ses propres armes (« La guerre pouvait s’appuyer sur une logistique décentralisée ») ; on passe à un « appareil militaire commença[nt] à se détacher de l’organisation sociale », où l’armée devient une institution permanente et dominante (« taille des armées augmente notablement dans toute l’Europe, plusieurs États voyant leurs effectifs militaires multipliés par dix entre 1500 et 1700 », selon Geoffrey Parker précise Kurz, avec pour conséquence une militarisation violentes des structures sociales : ponction accrue, destructions importantes …) ». « La guerre devient un métier », avec ses « tueurs professionnels à temps plein incapables de se procurer leur nourriture », avec ses « instruments de morts » (archétype du monde moderne, selon Kurz : « un outil qui finit par dominer son créateur ») produits industriellement (« préfigurant l’industrialisation »). La guerre devient un « Moloch insatiable », à un niveau jamais atteint dans l’humanité (K. G. Zinn).

Surtout, pour Kurz, « l’avènement de l’argent comme puissance anonyme » va être rendue possible de l’extérieure, de façon contraignante, par cette « machine militaire hors-sol », centralisée, coupée des structures sociales. Pour reproduire cette « machine de guerre hors sol », qui faisait abstraction des structures sociales existantes, « l’unique médium » possible était « l’argent », également abstrait. « L’économie de guerre perpétuelle et l’autonomie structurelle grandissante des armées » entraînèrent l’essor de l’argent, assène Kurz.

Kurz étaye ensuite sa thèse. La rationalité capitaliste fut d’abord militaire : mort des valeurs chevaleresques, « calcul de rentabilité détaché de tout besoin social », salariés interchangeables, objectif d’ « accumulation abstraite de capital » … (R. zur Lippe). Les premiers capitalistes, détachés de l’organisation sociale existante, furent des financiers de guerre (Fugger, par exemple) ou des capitaines mercenaires. « Le principe abstrait d’accumulation » et son corollaire (« système de libre entreprise de l’économie monétaire moderne ») « n’auraient jamais pu surgir directement du milieu urbain médiéval des marchands et des artisans ».

« Les (…) mercenaires (…) des débuts de l’ère modernes se trouvèrent (…) totalement libérés des contraintes » de reproduction matérielle. Les mercenaires, premiers travailleurs abstraits ? Oui, répond Kurz. Car, pour une abstraction (l’argent), ils se coupent complètement des structures sociales existantes, et deviennent même indifférents à l’idée de mort. Le premier sujet capitaliste, véritable « nihiliste de l’argent », serait un mercenaire : « Peu importe contre qui et pourquoi l’on est en guerre, dans quel secteur de production l’argent est investi ou quelle sorte de travail on accomplit ; du moment qu’il y a du fric à gagner, peu importe combien de mondes sont détruits. » « Brute sauvage », « sans attaches », « objet de mépris », premiers employés et donc premiers chômeurs (« ils formèrent des hordes redoutables de vagabonds, de voleurs, voire d’assassins »).

« Nous, on se fiche bien

De l’Empire romain.

Qu’il meure aujourd’hui ou demain,

ça ne nous fait ni chaud ni froid.

Et s’il tombe en morceaux,

Pourvu qu’on nous donne du blé,

On tressera une belle corde

Pour le rafistoler. »

(Chanson de mercenaires allemands : blé est à comprendre au sens figuré, comme aujourd’hui)

« Butin et (…) emprunts contractés auprès des financiers ne suffisaient cependant pas ». Il faut assujettir l’ensemble des structures sociales au règne de l’argent. Une taxation monétaire sans lien avec l’ampleur des récoltes, dont résulta une immense misère (+ 2200 % de charge fiscale au moins entre 15ème et 18ème siècle). Les « Commis » et « Rats-de-Cave » (qualifiés par Kurz d’ « autre prototype du libre entrepreneur ») percevaient ces taxes en échange d’une somme forfaitaire. Mais cela ne suffisait pas, alors l’État moderne mis en place son « propre appareil de production » - fait de « manufactures et plantations d’État - (« extérieur au système des guildes et des corporations ») dont l’objectif était l’accumulation. On employa de force des prisonniers ou des orphelins (workhouses).

Conquête des Amériques, commerce transatlantique (avec ses gigantesques programmes de construction navale), guerres européennes, répression des révoltes (guerre des paysans en Allemagne jusqu’aux luddites en Angleterre) … autant de prolongements de cette dynamique.

« L’ « économie politique » des institutions militaires », argue Kurz, « devient indépendante de ses objectifs initiaux », donnant naissance au « capitalisme ».

Texte complet ci-dessous :

Commenter cet article

Sonia Campagne 07/11/2013 08:37

Très intéressant. Je l'ai recommandé sur FB. Mais de quand date la 'sous traitance' avec l'avance de fonds pour preparer le budget de l'etat et remplir les caisses?la sous traitance n'est elle pas le plus vieux metier du monde? N'existe t il pas déjà à grande échelle sous l'empire romain? Prévoir demande d'anticiper et de budgéter les dépenses et les rentrées fiscales. Déjà Jacques Cœur était un grand commis de L'Etat, il me semble qu'il était le grand argentier, mais qu'il a fini par être condamné pour s'être trop enrichi personnellement. C'est déjà de la finance. Capitaliste je ne saurai le dire.

Sonia Campagne 07/11/2013 08:37

Très intéressant. Je l'ai recommandé sur FB. Mais de quand date la 'sous traitance' avec l'avance de fonds pour preparer le budget de l'etat et remplir les caisses?la sous traitance n'est elle pas le plus vieux metier du monde? N'existe t il pas déjà à grande échelle sous l'empire romain? Prévoir demande d'anticiper et de budgéter les dépenses et les rentrées fiscales. Déjà Jacques Cœur était un grand commis de L'Etat, il me semble qu'il était le grand argentier, mais qu'il a fini par être condamné pour s'être trop enrichi personnellement. C'est déjà de la finance. Capitaliste je ne saurai le dire.

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents