Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pensée radicale

Pensée radicale

Une pensée radicale est une pensée allant jusqu'aux racines des problèmes afin de résoudre ceux-ci


LA BARBARIE DE MICHEL HENRY, UNE CRITIQUE PHILOSOPHIQUE DU TECHNOSCIENTISME

Publié par A. Campagne sur 4 Février 2014, 11:25am

Catégories : #Philosophie-Penseurs-Pensées, #Science-Technologie

LA BARBARIE DE MICHEL HENRY, UNE CRITIQUE PHILOSOPHIQUE DU TECHNOSCIENTISME

Une anthologie synthétique de La Barbarie de Michel Henry par Armel Campagne

PRÉFACE À L’ÉDITION DE 2004

« Au tout début du 17ème siècle, (…) Galilée déclare que la connaissance à laquelle l’homme se confie depuis toujours est fausse et illusoire. Cette connaissance est la connaissance sensible qui nous fait croire que les choses ont des couleurs, des odeurs, des saveurs, qu’elles sont sonores, agréables ou désagréables, bref que le monde est un monde sensible. Alors que l’univers réel est composé de corps matériels insensibles – étendus, doués de formes et de figure -, en sorte que son mode de connaissance n’est pas la sensibilité variable selon les individus et qui ne propose que des apparences, mais la connaissance rationnelle de ces figures et de ces formes : la géométrie. La connaissance géométrique de la nature matérielle – connaissance qu’il est possible (Descartes le démontre sans tarder) de formuler mathématiquement -, tel est le nouveau savoir qui prend la place de tous les autres et les rejette dans l’insignifiance. »

« Or la science galiléenne ne produit pas seulement un bouleversement sur le plan théorique, elle va façonner notre monde, délimitant une nouvelle époque de l’histoire, la modernité […] La modernité résulte d’une décision intellectuelle clairement formulée et dont le contenu est parfaitement intelligible. C’est la décision de comprendre, à la lumière de la connaissance géométrico-mathématique, un univers réduit désormais à un ensemble objectif de phénomènes matériels, et, bien plus, de construire et d’organiser le monde en se fondant de manière exclusive sur ce nouveau savoir et sur les processus inertes qu’il permet de maîtriser. »

« Le présupposé galiléen (…) [est] l’a priori de la modernité »

« Ecarter de la réalité des objets leurs qualités sensibles, c’est éliminer du même coup notre sensibilité, l’ensemble de nos impressions, de nos émotions, de nos désirs et de nos passions, de nos pensées, bref notre subjectivité tout entière qui fait la substance de notre vie. C’est donc cette vie telle qu’elle s’éprouve en nous dans sa phénoménalité incontestable, cette vie qui fait de nous des vivants, qui se trouve dépouillée de toute réalité véritable, réduite à une apparence. Le baiser qu’échangent les amants n’est qu’un bombardement de particules microphysique. »

« Plus rien ne vaut (…), ou tout s’équivaut – et c’est le temps du vrai nihilisme ».

« La décision galiléenne d’exclure la subjectivité de son thème de recherche n’est pas seulement d’ordre intellectuel : en elle, c’est la vie qui se tourne contre elle-même. Derrière la modification du savoir, comme sa cause ou son effet, se produit l’émergence des grands phénomènes de l’autodestruction, celle de la vie ».

« La « naturalisation » de l’homme sous toutes ses formes et à travers tous ses déguisements est le dernier avatar de l’a priori galiléen. L’homme n’est pas différent des choses ».

Chapitre 2

LA SCIENCE JUGÉE AU CRITÈRE DE L’ART

« Ce n’est pas, encore une fois, le savoir scientifique qui est en cause, c’est l’idéologie qui s’y joint aujourd’hui et selon laquelle il est le seul savoir possible, celui qui doit éliminer tous les autres ».

« L’art (…) est une activité de la sensibilité, l’accomplissement de ses pouvoirs, alors que, avec l’élimination des qualités sensibles de la nature, la science moderne définit son champ propre et se définit elle-même par l’exclusion de cette même sensibilité. Ainsi science et art tombent-ils l’une en dehors de l’autre par l’effet d’une hétérogénéité (…) radicale de leurs domaines ».

Chapitre 3

LA SCIENCE SEULE : LA TECHNIQUE

« La science (…) est la science mathématique de la nature qui fait abstraction de la sensibilité. Mais la science ne peut faire abstraction de la sensibilité que parce qu’elle fait d’abord abstraction de la vie, c’est celle-ci qu’elle rejette de sa thématique et que, procédant de la sorte, elle méconnaît totalement […] Dès qu’elle réalise son projet d’établir une connaissance objective de la nature, la science écarte la qualité sensible et n’en tient plus aucun compte. »

« Prétention de la science de réduire le monde de la vie à un monde d’idéalités et d’abstractions physico-mathématiques ».

« Si faire abstraction du monde-sensible-de-la-vie, ce n’est pas seulement mettre hors jeu les qualités sensibles de ce monde, mais, du même coup, la vie elle-même, alors se découvre à nous (…) la solitude de la science […] La science (…) n’existe jamais seule. Mais dès qu’elle a écarté la vie de son champ d’investigations (et elle le fait nécessairement en tant que science), elle se comporte comme si elle était seule, c’est elle désormais qui va dicter sa loi au monde – au monde sensible de la vie qui subsiste bien qu’elle ait fait abstraction en lui de tout ce qui est sensible et de tout ce qui est vivant. Une telle situation dans laquelle une instance théorique va décider du monde-de-la-vie et de la vie elle-même sans tenir compte d’eux d’aucune façon caractérise la phase actuelle de l’histoire du monde, faisant d’elle la Modernité dont on peut dire que nous la subissons, s’il est vrai qu’en elle, et pour la première fois depuis l’origine des temps, la vie a cessé de se dicter ses propres lois à elle-même. »

« La science qui se croit seule au monde et qui se comporte comme telle devient la technique, soit un ensemble d’opérations et de transformations puisant leur possibilité dans la science et dans son savoir théorique, à l’exclusion de toute autre forme de savoir, à l’exclusion de toute référence au monde-de-la-vie et à la vie même. »

« La technique ne désigne rien d’autre qu’un ensemble de moyens de plus en plus nombreux, élaborés et puissants, et qui dit moyens dit fins, renvoie à des intérêts supérieurs qui sont ceux de l’humanité ».

« Malheureusement de ces « intérêts supérieurs » de « l’humanité » elle-même, c’est-à-dire de l’essence de la vie, la science aussi bien que la technique qui en est issue ne savent strictement rien et ne tiennent aucun compte. C’est pourquoi, si l’on parle à propos de technique de « moyens », il faut reconnaître qu’il s’agit là de moyens très particuliers, lesquels ne sont plus au service d’aucune fin différente d’eux mais constituent eux-mêmes la « fin ». Ainsi nous trouvons-nous en présence d’un ensemble impressionnant de dispositifs instrumentaux, de façons de faire, d’opérations, de procédés de plus en plus efficaces et sophistiqués, dont le développement toutefois ne connaît d’autre stimulations ni d’autres lois que lui-même et se produit ainsi comme un auto-développement. »

« Ici nous nous trouvons en présence d’une situation extraordinaire. Car l’essence originelle de la technê que nous devons prendre en vue pour comprendre les formes diverses de la technique et notamment l’essence de la technique moderne qui fait abstraction de la vie, c’est la vie elle-même. « Technique » en effet désigne d’une manière générale un « savoir-faire ». Mais l’essence originelle de la technique n’est pas un savoir-faire particulier, c’est le savoir faire comme tel, soit un savoir qui consiste dans le faire, c’est-à-dire un faire qui porte en lui son propre savoir et le constitue. Or le faire constitue un tel savoir et s’identifie à lui en tant qu’il se sent lui-même et s’éprouve en chaque point de son être, en tant que faire radicalement subjectif, puisant son essence dans la subjectivité et rendu possible par elle ».

« Aussi longtemps qu’elle se recouvre avec la praxis individuelle spontanée, la tekhnê n’est que l’expression de la vie, la mise en œuvre des pouvoirs du corps subjectif ».

« Le bouleversement ontologique se produit lorsque l’action cesse d’obéir aux prescriptions de la vie […] Bien plus, il semble que l’action ait déserté le site qui est depuis toujours le sien pour se produire désormais dans le monde : dans les usines, les barrages, les centrales, partout où fonctionnent inlassablement pistons, turbines, rouages, machines de toute sorte, bref l’immense dispositif instrumental de la grande industriel, lequel tend à se résorber dans les décharges électro-magnétiques des computers de la cinquième génération et autres hypermachines de la « techno-science ». En celle-ci s’indique en effet l’événement crucial de la Modernité en tant que passage du règne de l’humain à celui de l’inhumain : l’action est devenue objective. »

« De tels processus ne semblent pas « aveugles » puisqu’ils aboutissent à des résultats cohérents et finalisés. Dans le cas de la technique ils font l’effet d’un savoir. Quel savoir ? C’est ici que se situe le retournement ontologique qui inaugure les temps modernes (…). On s’approche de l’essentiel quand, avec Marx, on est capable de reconnaître l’inversion de la téléologie vitale qui s’est produire à la fin du 18ème siècle et au 19ème siècle lorsque la (…) production est devenue économique, quand il s’est agi de produire de l’argent, c’est-à-dire une réalité économique, en lieu et place des biens utiles à la vie et désignés par elle ».

« Ce monde (…) devait se trouver gravement perturbé par l’irruption d’une finalité sans rapport avec ce qu’il est en soi et depuis toujours –, à savoir la production d’une abstraction, la production de l’argent. »

« L’accélération frénétique de la production en tant que production économique suscite pour des raisons économiques (…) l’invention et la prolifération de moyens de fabrication nouveaux, le perfectionnement des anciens et ainsi un extraordinaire développement technique, lequel met à profit les inventions de la science et les provoque à son tour. »

« La révolution technique (…) consiste en ceci que la technique, ayant exclu d’elle la vie et réduite à un processus objectif, constitue désormais sa propre fin ».

Un excellent article de Michel Henry de critique philosophique du scientisme

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents