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Pensée radicale

Pensée radicale

Une pensée radicale est une pensée allant jusqu'aux racines des problèmes afin de résoudre ceux-ci


LE TRAVAIL, UNE REPRISE THÉORIQUE

Publié par C. Paris sur 24 Janvier 2014, 12:26pm

Catégories : #Économie, #Philosophie-Penseurs-Pensées

Critique du concept de travail comme activité de reproduction matérielle/de satisfaction des besoins/de survie

Confondre travail (au sens actuel, moderne, capitaliste) et activité de reproduction matérielle/de satisfaction des besoins/de survie, c'est penser qu'encaisser pendant huit heures par jour dans un supermarché équivaut substantiellement/ontologiquement à l'activité de recherche de fruits d'un singe bonobo.

Le travail ne rend pas libre (trois thèses philosophiques)

Le travail, dans un premier temps, c'est l'aliénation (au sens d'Hegel ou de Marx : séparation radicale entre nous et ce qui nous était intérieur mais qui s'est extériosé) de notre activité : c'est une forme de séparation radicale entre nous et notre activité, désormais extérieure à nous, autonome vis-à-vis de nous. Si par exemple, comme caissier, j'encaisse pendant huit heures par jour, pendant huit heures par jour mon activité est séparée de moi, elle n'est plus à moi mais à mon travail, à mon emploi, à mon employeur. Pendant huit heures, mes gestes ne m'appartiennent plus, ils appartiennent à l'encaissage. La prostitution est, en ce sens, une forme de travail comme une autre : mon corps ne m'appartient plus, il appartient à mon client ; comme, lorsque j'encaisse, mes mains et mon cerveau ne m'appartiennent plus, ils appartiennent à mon emploi de caissier, à mon employeur.

Le travail, dans un second temps, c'est une forme de dépendance généralisée, une forme de prostitution généralisée : chacun aliène son activité pour acheter celle d'un autre, formant ainsi au bout du compte un gigantesque système d'aliénation, de dépendance, de prostitution généralisé, où chacun achète l'autre et se vend, chacun étant radicalement dépendant des autres mais surtout du système (qu'on appelle Marché, marché du travail, capitalisme), du sujet-automate qu'ils ont constitué. Le travailleur est un être complètement dépendant du système du travail pour (sur)vivre. Un synonyme de liberté étant in-dépendance, on voit bien une nouvelle fois que liberté est un antonyme de travail.

Le travail, dans un troisième temps, c'est l'hétéronomie : nous sommes, en tant que travailleurs, dépourvus de toute auto-nomie, de toute capacité à déterminer nous-mêmes nos propres "lois" (c'est-à-dire, notre activité). Au contraire, nous sommes intégralement soumis et dominé par d'autres "lois", celle du marché du travail, du marché, du capitalisme.

Le travail ne rend pas libre : que cette foutaise (ou fouthèse) philosophique nazie (à l'entrée d’Auschwitz, il était écrit "Arbeit macht frei", c'est-à-dire "Le travail rend libre") du "travail rend libre" cesse d'être enseignée en cours de philosophie de Terminale.

Critique du concept de "travail concret"

Le "travail concret" n'est pas, par opposition au "travail abstrait", une sorte de "base matérielle" du "travail en général" (comme médiation sociale totale, au sens de Moishe Postone : chacun "travaille" pour obtenir du "travail" d'un autre), donc hors de celui-ci, avant celui-ci. Le travail n'est pas une généralisation a posteriori de l'ensemble des "travaux particuliers".

La marchandise non plus, d'ailleurs, n'est pas une généralisation a posteriori des "produits particuliers", puisqu'on produit ces "produits particuliers" a priori comme des marchandises (un industriel du textile produit une marchandise avant de produire des vêtements, par exemple) Les "produits particuliers" sont donc simplement des "cas particuliers de marchandises". La marchandise, comme totalité, est ainsi composée d'une multitude de "cas particuliers", et non l'inverse. La marchandise n'est pas une forme donnée a posteriori (par l'échange) à un produit particulier. Le côté concret d'une marchandise est ce produit particulier. Le côté abstrait d'une marchandise est sa valeur en argent.

Le travail concret est, de même, un simple "côté concret" du "travail en général", puisque ce "travail concret" est bien plutôt un cas particulier de travail en général a priori (on est travailleur avant d'être caissier, par exemple) qu'une "activité particulière" (encaisser, par exemple) serait ensuite généralisé par l'échange (donc a posteriori du travail). Le caissier, l'employé de bureau ou l'aide-soignant n'est qu'un cas particulier de général en général, un travailleur a priori puisque avant d'être caissier, employé de bureau ou aide-soignant, puisque avant d'encaisser, de s'occuper d'une tâche administrative ou de soigner, il occupe un emploi, un travail. Sa tâche concrète est a priori du "travail en général".

Le "travail concret", en conclusion, n'est donc pas une "base matérielle" transhistorique du "travail abstrait", celui-ci étant spécifiquement capitaliste. Le "travail concret" est capitaliste, également, comme "cas particulier de travail en général", celui-ci étant par essence capitaliste.

L'abolition sémantique du "travail"

Utilisons des concepts simples : "manger", "se vêtir" ou "s'abriter", " faire à manger", "cuire du pain", "couper des cheveux" ou encore "écrire un bouquin d'histoire" ! La "division du travail", en effet, n'existe pas hors du capitalisme, puisqu'il n'y a pas de travail (en général) hors du capitalisme, il n'y a que des " activités de reproduction matérielle particulières " : Et encore, un paysan du Moyen-Âge effectuait des tâches tellement plus spécifiques que ça ... Espérons que dans une société post-capitaliste, on n'utilisera plus l'occasion d'employer des concepts capitalistes, c'est-à-dire généraux et abstraits !

Marx, son héritage

Ce n'est pas parce que Marx utilisait des concepts hérités de l'économie politique comme "travail concret" qu'il faut faire de même ; après tout, Marx ne voulait-il pas effectuer une " critique de l'économie politique " ? Si nous voulons faire une critique radicale (au sens de Marx, bien sûr) de l'économie politique et de sa sémantique capitaliste pleine d'anachronismes destinés à légitimer das kapitalismus (l'exemple d'Adam Smith est frappant : il projette des catégories capitalistes sur l'ensemble de l'histoire humaine, pour mieux faire du capitalisme l'aboutissement naturel et inévitable de l'histoire ...), il est nécessaire de critiquer radicalement ces concepts de "division du travail", de "mode de production" ou de "travail", héritage de l'économie politique classique qu'on retrouve partout au sein du marxisme, y compris chez Marx ! Sortir de l'économie politique, c'est un geste marxien, on en conviendra, et ça passe par une remise en cause radicale des concepts de l'économie politique, même s'ils ont été repris par Marx dans Le Capital.

Il ne s'agit pas de rejeter Marx, en rejetant son concept de "travail concret". Il faut radicaliser Marx (c'était son vœu), poursuivre Marx (idem), dépasser Marx (idem, probablement). Marx n'avait pas fini son œuvre (il en était d'ailleurs pleinement conscient), il est donc hors de question de s'en contenter. Être fidèle à l'esprit de Marx, c'est radicaliser ses intuitions, poursuivre ses intuitions, et même, si elles s'avèrent insuffisantes, dépasser ses intuitions, et donc ses concepts.

POST-SCRIPTUM : Le concept de "mode de production" ou de "production est également valable uniquement pour décrire l'âge capitaliste. La catégorie de production ou de mode de production suppose, en effet, une séparation entre production et consommation (son concept réciproque/opposé) ; or, au Moyen Âge et dans l'ensemble des autres sociétés pré-capitalistes, il n'y a pas de séparation entre production et consommation (chacun assure sa propre subsistance, se nourrit soi-même, mis à part ceux qui ne produisent pas) : donc l'emploi du concept de "mode de production" ou même de "production" ne se justifie pas. Il faut se contenter, selon moi, d'un concept général comme "activité de reproduction matérielle", qui effectivement peut être employé de manière transhistorique. Pour moi, parler de mode de production ou de production hors du contexte capitaliste est une hérésie, un anachronisme.

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